Le mois de juillet le plus frais depuis au moins 28 ans

le 2 septembre 2011 par meteo

Avec une température maximale moyenne de 16.7°C mesurée au village des Estables, ce mois de juillet 2011 est le mois de juillet le plus frais depuis au moins 1983. Il se classe juste devant 2000 (16.8°C) et 1993 (17.8°C).

La seconde quinzaine fut la plus fraîche avec un vent du nord marqué draînant jusqu’à notre massif des masses d’air fraîches en provenance directe du Groenland. En plus de cette fraîcheur, ce mois a été particulièrement pluvieux avec un cumul de 167mm pour une normale de 75mm, ce qui fait de ce mois de juillet le plus pluvieux depuis 1993 (cumul de 199mm en juillet 1993).
Avec ces précipitations fréquentes, l’ensoleillement fut également en berne avec un déficit d’environ 40%.

A l’échelle de l’Europe (cf carte disponible ci-dessous et illustrant l’anomalie sur les températures moyennes à 1450m d’altitude), on constate un déficit marqué sur l’Europe de l’ouest et un excédent tout aussi marqué sur l’Europe de l’est et l’ouest de la Russie, cette localisation des anomalies de température témoigne d’une circulation atmosphérique à dominante méridienne et à situation de blocage (isolation d’une bulle chaude aux hautes latitudes).

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L’Oscillation Nord Atlantique, couramment appelée NAO, qui est obtenue à partir de la différence de pression entre l’Islande et le Portugal, est ainsi restée largement négative tout au long du mois (signe de la présence de hautes pressions près du Groenland et de basses pressions près du Portugal).

 

Climat du Mézenc / Gerbier / Tanargue

le 2 septembre 2011 par meteo

Un relief très varié

Situé dans le sud-est du Massif-Central, ce vaste secteur de moyenne montagne propose une large palette de reliefs.

→ Les hauts plateaux, qui s’étendent approximativement de Saint-Front à Lachamp-Raphaël, ont une altitude moyenne de 1300m et sont parsemés de sucs volcaniques dépassant généralement les 1500m d’altitude, le point culminant étant le mont Mézenc à près de 1753m.

→ Les plateaux, qui s’étirent de Freycenet-Latour à Lanarce sont compris entre 900 et 1200m d’altitude et entaillés par de nombreux cours d’eau

→ Les Boutières, profondes vallées boisées situées à une altitude comprise entre 600 à 900m et entourées par des sommets à 1200/1300m

→ Le Tanargue, massif très accidenté qui culmine à 1511m au Grand Tanargue. Ce massif a la particularité de proposer 1000m de dénivelé en l’espace de moins d’un kilomètre

Ces reliefs, très variés, sont à l’origine de la variété climatique rencontrée sur ce secteur.


Des influences climatiques elles-aussi variées

Sa position au sud-est du Massif-Central permet à notre secteur d’étude d’être à la croisée de différentes influences climatiques :

→ Les influences océaniques qui restent présentes même si elles sont très atténuées par rapport à l’ouest du Massif-Central

→ Les influences nordiques qui sont importantes sur le « versant atlantique » mais faibles sur le « versant méditerranéen »

→ Les influences méditerranéennes qui sont dominantes dans le sud de notre secteur d’étude mais qui décroissent au fur et à mesure que l’on progresse vers le nord

→ Les influences continentales qui sont avant tout liées au relief et qui concernent essentiellement les hauts plateaux

La proportion de ces influences diverses varie suivant les saisons, ainsi les influences méditerranéennes sont prépondérantes en été et en automne alors que les influences nordiques et océaniques gagnent la partie en hiver et au printemps.

Il est toutefois possible de diviser en quatre zones climatiques notre secteur d’étude.

→ Les hauts plateaux nord sont les plus exposés aux influences nordiques et océaniques, la partie nord de ceux-ci est relativement abritée de l’influence méditerranéenne alors que la partie sud y est bien exposée. De par son altitude élevée, ce secteur est très continental

→ Les plateaux sud sont très exposés aux influences méditerranéennes (particulièrement dans leurs parties est et sud) et moins exposés aux influences nordiques et océaniques que les hauts plateaux nord

→ Le Tanargue est un massif 100% méditerranéen abrité des influences nordiques et peu exposés aux influences océaniques

→ Les Boutières sont exposées à l’ensemble de ces influences, les influences méditerranéennes prédominant toutefois légèrement sur les autres

Une pluviométrie globalement importante mais avec de fortes disparités


Cumul annuel des précipitations (moyenne 1971 / 2000)

Le Tanargue est le plus arrosé avec plus de 2000mm par an (le secteur le plus arrosé de ce massif se situe en dessous de la station de ski de la Croix de Bauzon).

Les Plateaux sud se classent en seconde position avec en moyenne de 1500 à 1900mm par an, le secteur Gerbier – Lachamp-Raphaël étant le plus arrosé.

Les Boutières reçoivent quant à elles entre 1100 et 1700mm chaque année, leur partie sud (en bordure des plateaux sud) étant et de loin la plus arrosée.

Les Hauts plateaux nord avec en moyenne de 1000 à 1500mm par an, leur partie sud (du Béage aux Estables) est la plus arrosée alors que leur partie ouest, de la vallée de la Loire à Laussonne, est la plus sèche.

Sur une année assez typique comme 2010 on se retrouve ainsi avec les cumuls annuels suivants :

  • La Souche (Tanargue) : 2797mm

  • Mayres (Tanargue) : 2128mm

  • Cros de Géorand (Plateaux sud) : 1484mm

  • Les Estables (Hauts plateaux nord) : 1403mm

  • Le Lac d’Issarlès (Hauts plateaux nord) : 1334mm

  • Le Béage (Hauts plateaux nord) : 1330mm

  • Alleyrac (Hauts plateaux nord) : 1263mm

  • Arcens (Boutières) : 1260mm

  • Le Monastier sur Gazeille (Hauts plateaux nord) : 1001mm


Nombre annuel de jours avec précipitations (moyenne 1971 / 2000)

Le régime pluviométrique (nombre de jours avec précipitations) est également très diversifié et délimite bien les différentes influences climatiques.

Le Tanargue, qui est le secteur qui reçoit le plus d’eau chaque année, est également celui où le nombre de jours avec pluies est le plus faible.

Les Hauts plateaux nord, qui est le secteur le moins arrosé est pourtant celui qui compte le plus de nombre de jours avec pluies.

Ces différences très importantes traduisent deux régimes pluviométriques différents, l’un méditerranéen et l’autre océanique/nordique.

L’ensemble de notre secteur d’étude est touché, de façon plus ou moins importante, par des épisodes de pluies extrêmes appelés également épisodes méditerranéens.

 

Une région très orageuse

Le sud-est du Massif-Central fait partie des régions les plus orageuses de France avec en moyenne plus de 35 jours avec orage et une densité de foudroiement annuelle supérieure à 2 impacts par km².

 

Un ensoleillement globalement bon

Notre secteur d’étude fait partie du quart le plus ensoleillé de la France avec plus de 2000 heures de soleil par an.

Comme pour la pluviométrie, de fortes disparités sont toutefois observées. Le Tanargue est ainsi le secteur le plus ensoleillé avec près de 2600h par an, à contrario les Hauts plateaux du nord sont les moins ensoleillés avec moins de 2100h de soleil par an.

Une saison hivernale marquée au dessus de 1200m d’altitude

L’hiver est une saison longue (5 mois) et particulièrement marquée sur les plateaux, le nombre de jours avec chutes de neige atteint ainsi les 75 aux Estables et dépasse les 85 à 1500m d’altitude sur les Hauts plateaux du nord. Le nombre de jours avec neige au sol (dans les prairies et au soleil) atteint en moyenne les 120 à 1500m d’altitude sur le Mézenc, 95 à 1300m.

Sur le Tanargue, le nombre de jours avec chutes de neige est plus faible et inférieur à 50 à 1300m d’altitude, dans les prairies le sol est couvert de neige pendant en moyenne 80 jours à 1300m d’altitude.

En forêt au dessus de 1300/1500m d’altitude, le nombre de jours avec neige au sol est à majorer de 30% environ. La différence d’enneigement avec les prairies étant particulièrement importante lors des hivers doux et peu enneigés.

Le nombre de gelées est également très important avec en moyenne près de 170 jours avec gel à 1500m sous le Mézenc et 140 jours sur les plateaux. Les plus fortes gelées étant observées dans les petites dépressions d’altitude (narces de Chaudeyrolles, environs de Lanarce) avec par exemple près de -30°C le 1er mars 2005.

En moyenne, il y a chaque année près de 70 journées sans dégel à 1500m d’altitude sous le Mézenc, 50 à 1300m d’altitude, 40 à 1200m d’altitude.

Le brouillard, qui peut être particulièrement tenace sur les plateaux, renforce le caractère montagnard et forme parfois une couche impressionnante de givre sur nos sommets.

Le vent est également un acteur clef du climat hivernal des plateaux, atteignant régulièrement le stade de tempête celui-ci transporte des quantités phénoménales de neige qui forment des congères dépassant parfois les 9m de hauteur. Associé à des chutes de neige il forme la burle, nom local donné au blizzard.

Un printemps court et capricieux au dessus de 1200m d’altitude

Le printemps commence début avril et se termine fin mai, c’est une saison bien arrosée sur les plateaux avec les premiers orages.

Les températures sont très fluctuantes à cette saison avec des périodes douces et sèches alternant avec des périodes fraîches et humides.

Les chutes de neige ne sont pas rares et peuvent même parfois être impressionnantes (comme en avril 2005 où il était tombé près d’un mètre de neige aux Estables).

Un été plutôt agréable

L’influence méditerranéenne se fait sentir et permet à l’été d’être une saison agréable sur les plateaux, aux Estables la moyenne des températures maximales atteint ainsi les 21°C, à 1100m celle-ci dépasse les 23°C.

Les orages sont généralement nombreux et violents, il arrive toutefois que certains étés soient particulièrement secs.

Les coups de froid, qui suivent souvent de violentes dégradations orageuses, ne sont pas si rares et sont parfois accompagnés de quelques flocons au dessus de 1300m d’altitude.

Un automne globalement agréable mais souvent agité

L’automne commence fin août et se prolonge jusqu’à la fin du mois d’octobre, les premières semaines souvent douces et ensoleillées laissent la place à un temps de plus en plus agité, c’est la saison par excellence des épisodes pluvieux méditerranéens (et des champignons).

Les premières incursions hivernales sérieuses débutent fin octobre et deviennent de plus en plus durables à partir du 15 novembre.


Observez le circaète jean-le blanc avant son départ en migration.

le 30 août 2011 par Vincent

Profitez des derniers jours de la présence de ce beau rapace pour l’observer. Avec ses 1.80m d’envergure, il est le plus grand rapace diurne que l’on peut voir de mi-avril à fin septembre dans le secteur. En ce moment, on l’observe régulièrement au dessus des Narces de Chaudeyrolles en chasse à la recherche de sa nourriture. Il se nourrit quasi-exclusivement de reptiles (lézards, couleuvres, vipères) d’où son surnom : « l’aigle mangeur de serpents ». On le reconnait à sa grande envergure, le dessous de ses ailes et du corps blanc moucheté de brun avec une grosse tête plus sombre, la queue arrondie. C’est surtout grâce à ses réguliers vols stationnaires caractéristiques, parfois avec  quelques battements d’ailes, les pattes légèrement dans le vide, la tête baissée pour regarder le sol qu’on l’identifie rapidement. Avec les jumelles ou une lunette d’observation vous pourrez peut-être même observer ses magnifiques grands yeux jaunes vifs de la taille des yeux humains. Une fois une proie repérée, il va effectuer une descente souvent par pallier jusqu’au sol pour la capture avec ses serres et le plus souvent la mise à mort d’un coup de bec. Il peut alors transporter sa proie pour la consommer plus loin, l’amener au jeune ou l’avaler sur place. Parfois il ne peut avaler sa proie en entier et une partie du reptile pend alors dans le vide durant ses déplacements suivants !

Pour ce rapace migrateur, l’heure est venue du grand voyage qui les mène jusqu’en Afrique subsaharienne principalement. Les premiers individus adultes ont probablement commencé la migration. Ils seront très prochainement rejoints par leur unique jeune qu’ils ont nourri et vu grandir jusqu’à l’envol au mois d’août. Le jeune restera lui jusqu’à la fin septembre car il a encore besoin de prendre quelques forces avant d’entreprendre cette grande traversée. Le jeune devra donc lui-même trouver le chemin pour parvenir à sa destination d’hivernage !

Même si la Haute-Loire dispose d’une belle population avec environ 8 % des effectifs nationaux, c’est une espèce protégée, considérée comme rare avec une diminution de ses effectifs et de son aire de répartition au niveau mondial ses dernières années. Sa présence est directement liée à la présence de sa nourriture, les reptiles, des animaux qui je vous le rappelle sont eux aussi tous protégés du lézard des murailles, jusqu’aux vipères péliades et aspics !

PR – Volcano

le 17 août 2011 par Julie
HAROUN TAZIEFF, LE MASSIF CENTRAL, PAYSAGES ET ETHIQUE.

le 12 août 2011 par admin
Haroun Tazieff, au long de son demi-siècle d'action, pionnier de la préservation des équilibres naturels, n'a cessé de batailler pour la sauvegarde du patrimoine paysager.   Reprenant le flambeau, le Centre Haroun Tazieff pour les Sciences de la Terre (CHT) s’est donné pour objectif de participer activement à la valorisation du patrimoine paysager du Massif central car c’est une voie exceptionnelle à baliser pour la découverte et la sauvegarde des richesses patrimoniales du plus grand espace naturel protégé d’Europe.   L'identité d'une contrée s'appréhende d'abord par le paysage, lequel exprime de fait la plupart des éléments qui font du terroir un facteur de développement durable, soutenable. Les très nombreuses transitions de pays au sein du Massif central, offrent un remarquable manuel à ciel ouvert pour une éducation aux enjeux des sciences de la Terre. Du Vivarais au Velay, de la Margeride au Cézallier, des Combrailles à la Chaîne des Puys, du Morvan au Bourbonnais, des Causses à l’Aubrac ou des Millevaches au Périgord, ce sont de telles marges qui permettent de prendre la mesure de la cohérence et de la prodigieuse diversité d’un massif qui offre, dans la richesse contrastée de ses paysages, mille occasions de lecture originale des âges géologiques et historiques.   La dérive des continents et le volcanisme sont à l'origine de l'atmosphère et des océans, sources de la vie sur Terre. Ce furent les deux domaines d'expertise d' Haroun Tazieff. Homme de principes et précurseur, il a compris très tôt que la beauté des paysages engageait l'homme et que leur destruction annonçait les catastrophes sur lesquelles s'ouvre ce siècle.   Le Centre Haroun Tazieff, toute jeune association ancrée sur les hautes terres volcanique du Mézenc, met à la disposition du public et des acteurs du développement local et régional, les ressources scientifiques, humaines, documentaires et iconographiques des équipes Tazieff. Leurs découvertes, en quarante années d’expéditions, furent le creuset de la volcanologie contemporaine et ont ouvert la voie de la lecture moderne des paysages exceptionnels du Velay et du Vivarais. L’esthétique d’un paysage cache une éthique de l’action.   Préserver ou détruire, transformer pour transmettre ou pour éradiquer, c’est le choix de l’homme qui fait du paysage un patrimoine, une ressource ou un artifice de la valeur d’une spéculation boursière.   Le volcanisme qui a forgé les reliefs du massif Mézenc-Gerbier a profondément remanié une immense chaîne montagneuse née au cours de l’ère primaire, il y a quelque 350 millions d’années, démantelée par l’érosion au cours de la centaine de millions d’années suivante. Au fil des randonnées, chacun pourra s’exercer à en repérer les affleurements lorsque les roches volcaniques leur cèdent une place qui témoigne de l’échelle des temps géologiques. Au cours de l’ ère secondaire, pendant 200 millions d’années, le Massif central a dû présenter un relief peu différencié, de basse altitude, environné de mers chaudes. « Notre » pays se trouvait alors sous le tropique du Cancer, après avoir dérivé depuis le pôle Sud vers l’ Equateur entre -550 et -350 millions d’années. Au volcanisme de l’ère primaire a succédé une première manifestation « moderne » du volcanisme dans ce qui deviendra notre Massif central, il y a quelque 65 millions d’années. La  « France » est alors à peu près à sa place actuelle. Les Pyrénées bouleversent le paysage il y 50 millions d’années, tandis que le Velay se casse en fossés d’effondrement dégageant des hauteurs qui subsistent aujourd’hui. Les bassins lacustres sont peuplés de grenouilles et de rhinocéros. Lorsque l’Himalaya prend sa hauteur vers -14 millions d’années, alors que les Alpes vont prendre la place de la mer locale, ces bouleversements tectoniques vont engendrer les épisodes majeurs du volcanisme du Velay et du Vivarais. Meygal, Lizieux, sucs de l’Yssingelais, Mézenc, Gerbier, sucs des hautes Boutières vont dès lors offrir autant de prises de choix à l’érosion par l’action alternée des pluies et du gel. Il y a 3 millions d’années, le volcanisme du Velay se déplace et change de nature. Le bassin du Puy sera le siège d’éruptions marquées par le passage d’une lave de 1000 degrés à travers les eaux libres d’un vaste lac. Les produits accumulés de cette trempe sont à l’origine du spectacle offert par le chef-lieu de la Haute-Loire. Lorsque ce sont les eaux captives de nappes phréatiques qui se trouvent sur le chemin d’un magma en route vers l’atmosphère, des explosions cataclysmiques pulvérisent la croûte terrestre, comme en témoignent les nombreux « maars », ces tout jeunes cratères de quelque cent mille ans qui abritent le lac artificiel de Saint Martial, les lacs naturels d’Issarlès, de Saint-Front, du Bouchet ou les narces de Chaudeyrolles, zone humide refuge d’ une biodiversité menacée.   L’homme enfin, colonisera ces Hautes Terres, les cultivant et bâtissant pour nous léguer ces paysages exceptionnels.  Qu’en ferons-nous ?   A l’ère dérisoire des spéculations éhontées qui conduisent l’humanité à l’échec, la question résume les enjeux de la vie en moyenne montagne. Depuis une bonne trentaine d’années, des chercheurs, géologues, volcanologues, géographes et géomorphologues ont décrypté le relief de notre massif et cette science est aujourd’hui peu à peu assimilée par un tissu d’acteurs du développement local qui la font passer au sein de la population résidente et de passage. Livrer les grandes clés d’interprétation de nos paysages participe de la structuration d’un tissu économique, culturel, social qui ouvre la voie d’une civilisation digne de ce nom, soucieuse de ne pas détruire les équilibres et les dynamiques de la biodiversité actuelle. Des associations comme les Amis du Mézenc, le Groupe Géologique de Haute-Loire, Clapas Roche Nature et Paysages, Archéo-Logis ou l’Association pour la Préservation des Paysages Exceptionnels du Mézenc (l’APPEM) y travaillent, et de longue date pour la plupart de leurs membres actifs.   Regarder pour comprendre et comprendre pour mieux voir, c’est par le paysage que la conscience ouvre à l’intelligence d’ un terroir et de son avenir.   Comment expliquer le contraste saisissant des versants est et ouest du Mézenc, la richesse floristique de ces hauteurs sauvages balayées par les vents ou la permanence d’une agriculture sous six mois d’hivernage? Tout est lié et le tourisme de découverte, la randonnée familiale, les classes vertes ou les stages d’étudiants, participent aujourd’hui de cette réalité.   Pour reprendre les termes d’Emmanuelle Defive, pionnière de la recherche en géomorphologie du Velay, un vaste plateau volcanique formé d’empilements de coulées de laves basaltiques, largement étalées au pourtour de leurs points d’ émission en raison de leur fluidité, s’est formé entre 10 et 8 millions d’années autour du Mézenc, dont le suc phonolitique ne percera que quelques centaines de milliers d’années plus tard. Il faut s’imaginer, nous dit Emmanuelle Defive, qu’ à l’échelle régionale en ces temps-là, régnait une ambiance tropicale plus ou moins humide sur un vaste plateau cristallin, bas et mollement ondulé, que les laves du Velay oriental sont venues complètement recouvrir. A l’épaisseur de cette chape volcanique, s’est ajouté le soulèvement tectonique de toute la région, lié à l’édification des Alpes, portant mille mètres plus haut le lit des anciens cours d’eau « fossilisés » par les coulées. La réactivation du volcanisme liée à cette dynamique tectonique a poussé vers le ciel un magma acide, pâteux, peu apte à l’étalement. Entre 8 et 6 millions d’années, sucs et dômes ont percé vieux socle cristallin, granitique, et plateau volcanique, tels le Gerbier, le Montfol, le Mézenc, l’ Alambre ou le Signon. Cependant, poursuit Emmanuelle Defive, toutes les venues volcaniques n’ont pas atteint la surface. Pour une part, les phonolites en cours d’ascension se sont immobilisées dans les fissures empruntées vers la surface et s’y sont refroidies. Du côté des Boutières, nombre de ces structures volcaniques enfouies ou tout juste affleurantes ont été dégagées, déchaussées par l’érosion au fur et à mesure du creusement des vallées qui a permis d’en révéler la présence. Ainsi en est-il du Gouleïou, le plus superbe exemple, unique en Europe, sur la commune de Borée. L’érosion a exploité la différence de résistance entre les roches cristallines, vieilles, très fracturées, altérées en profondeur, formant l’encaissant des phonolites et ces dernières, beaucoup plus résistantes. C’est la proximité du bassin du Rhône qui explique la violence d’une érosion favorisée par le démantèlement des roches sous l’effet du gel. Le versant occidental du massif doit la douceur de ses pentes à l’éloignement du rivage atlantique.   Tectonique et volcanisme d’un côté, climat, couverture végétale, érosion d’un autre, empreinte de l’homme enfin, le tout compose un tableau qui n’a rien d’immuable, chaque composante ayant son rythme. L’ homme a changé d’allure au fil des siècles mais jamais comme depuis le Libération. Mais nous sommes-nous vraiment libérés ? Sous l’esthétique d’un paysage s’ouvre sans doute un horizon d’émancipation…   Frédéric Lavachery, président du Centre Haroun Tazieff, le 17 août 2009