La tectonique des plaques existerait depuis bien plus de 800 millions d’années, article de Laurent Sacco sur Futura Sciences du 18 décembre 2015.

le 19 décembre 2015 par Sylvie

De quand date le début de la tectonique des plaques ? Certains géo-dynamiciens lui donnaient 800 millions d’années mais la réponse à cette question reste controversée. Une nouvelle analyse des conditions de formation de certaines roches métamorphiques, les schistes bleus, laisse maintenant penser que cette tectonique pourrait dater d’un milliard d’années, voire plus.

En étudiant des schistes bleus, des géodynamiciens en avaient conclu que l'âge du démarrage de la tectonique des plaques était de 800 millions d'années. Aujourd'hui, un verrou vient de sauter : le phénomène aurait pu exister avant. Sur la photo, les roches du Lavoir, sur l'île de Groix, en Bretagne. © Christian Nicollet

En étudiant des schistes bleus, des géodynamiciens en avaient conclu que l’âge du démarrage de la tectonique des plaques était de 800 millions d’années. Aujourd’hui, un verrou vient de sauter : le phénomène aurait pu exister avant. Sur la photo, les roches du Lavoir, sur l’île de Groix, en Bretagne. © Christian Nicollet

Dans les années 1960, l’adoption de la théorie de la dérive des continents, et finalement de la théorie de la tectonique des plaques qui en est sa forme moderne, a constitué un changement de paradigme important pour la communauté des géosciences. Ce ne fut pas sans de multiples résistances, jusqu’au début des années 1970. Le volcanologue Haroun Tazieff et ses collègues explorant la fameuse dépression de l’Afar, en Afrique de l’Est, y découvrirent un rift océanique exondé et contribuèrent à cette révolution des sciences de la Terre. En effet, dans cette région du globe, il est possible de voir et mesurer l’expansion des océans et la fabrication d’une nouvelle croûte océanique. Cependant, la surface de la Terre étant finie, il faut nécessairement que de la croûte océanique disparaisse quelque part.

La clé de l’énigme est facile à trouver : il se produit des phénomènes dit de subduction, c’est-à-dire le plongement d’une plaque océanique sous une autre, par exemple continentale. Or cette subduction s’accompagne de processus de transformation des roches qui font partie de ce que l’on appelle le métamorphisme. En l’occurrence, du basalte de plaque océanique qui plonge dans le manteau va subir des augmentations de pression et de température. Lorsque ces dernières sont respectivement hautes et basse, le basalte voit sa composition minéralogique changer ; il se forme alors des schistes bleus. Il s’agit de roches métamorphiques caractérisées par la présence de glaucophane (couleur bleue) et de micas blancs.

Dans la dépression de l’Afar, dans la corne de l’Afrique, une expédition scientifique fait route pour étudier le volcan Erta Alé. Dans cette interview, le volcanologue Haroun Tazieff évoque son expédition et l’activité volcanique. Un témoignage accompagné d’images d’illustration de l’expédition sur le volcan, de son équipe au travail, des archives des films Etna 71 et de son expédition dans l’Afar. © INA, ORTF

Des schistes utilisés comme marqueur de la subduction

Les mouvements tectoniques font que certaines de ces roches caractéristiques d’une subduction d’une plaque océanique sous une plaque continentale peuvent se retrouver à la surface de la Terre. Il est ainsi possible de trouver de très beaux affleurements de ces roches, par exemple sur l’île de Groix, en Bretagne. Ces affleurements nous permettent de collecter des échantillons qui peuvent être datés. Surprise : on ne trouve pas de schistes bleus dont l’âge est supérieur à 800 millions d’années environ. Des géodynamiciens en avaient conclu que c’était là l’âge du démarrage de la tectonique des plaques.

Malheureusement, cela n’est pas sans poser problème car d’autres indications laissent entendre que la tectonique des plaques existe sur Terre depuis des milliards d’années (pendant l’Archéen et peut-être même l’Hadéen). Cette tectonique devait être différente d’aujourd’hui, avec un plus grand nombre de plaques se déplaçant plus rapidement car le manteau de notre planète était plus chaud et plus convectif.

Heureusement, un article récemment publié dans Nature Geoscience par des chercheurs de l’université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne, a semble-t-il levé la contradiction grâce à un modèle géochimique. Un manteau plus chaud signifie aussi que la composition de la croûte océanique était différente il y a plus d’un milliard d’années : elle était plus riche en oxyde de magnésium. D’après ce modèle, la subduction d’une telle croûte ne produit pas de schistes bleus mais bien de schistes verts, que l’on associe aujourd’hui à du métamorphisme se produisant dans des conditions de basses pression et température.

Le manque de schistes bleus dans les roches anciennes n’est pas incompatible avec une subduction. Un verrou a donc sauté qui nous empêchait d’admettre que la tectonique des plaques était déjà active il y a 3,8 à 4 milliards d’années.

Article complet sur :

http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/tectonique-plaques-tectonique-plaques-existerait-depuis-bien-plus-800-millions-annees-60895/#xtor=EPR-17-[QUOTIDIENNE]-20151219-[ACTU-La-tectonique-des-plaques-existerait-depuis-bien-plus-de-800-millions-d-annees]

 

Exposition, spectacle, film et débat : Volcans les Forges de la vie à Beaurepaire du 3 au 7 novembre

le 2 novembre 2015 par Sylvie

Du 3 au 7 novembre, les volcans et Haroun Tazieff sont mis à l’honneur à Beaurepaire où Frédéric Lavachery, président du Centre Haroun Tazieff interviendra.

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Le programme est riche et vairé :

Tout d’abord un spectacle intitulé « Volcans » avec Venera Battiato et Geneviève Baudot des compagnies Ephémère et Volte-face qui sera donné pour des publics scolaires les 3 et 5 novembre avec une représentation tout public le samedi 7 novembre à 20h30. AFFICHEVOLCANS900pixel

L’exposition « Haroun Tazieff, l’oracle des volcans » sera installée dans la salle du Rocher et les scolaires viendront la visiter et rencontreront Frédéric Lavachery. elle sera ouverte au public le samedi 7 novembre.

Des lectures de correspondances d’Haroun Tazieff et de littérature volcanique auront lieu le 5 novembre à 19h et le 7 novembre à 17h par des artistes de l’association Heureux Has’arts.

Une projection-débat du film « Etna » d’Haroun Tazieff aura lieu le vendredi  6 novembre à 20h30 en présence de Frédéric Lavachery et de Venera Battiato, artiste née au pied de l’Etna.

Et pour clôturer cette semaine, le spectacle « Volcans » sera donné  le samedi 7 novembre à 20h30 pour tout public.

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Programme chronologique du 03 au 07 nov

 

Les éruptions du Piton de la Fournaise (île de la Réunion) du 17 mai jusqu’au 30 octobre 2015

le 2 novembre 2015 par Sylvie

L’éruption a démarré le dimanche 17 mai 2015 à 14h. Une 1ère fissure s’est ouverte sur le flanc sud-Est du massif, à proximité du Château-Fort. Puis une longue fissure s’est ouverte en amont du Château-Fort. Le spectacle était impressionnant à cause de la succession des bouches actives alignées sur la fissure. Puis il y a eu l’ouverture d’une seconde fissure aux abords du cratère Langlois, à 800 mètres à l’est de la fissure initiale dont l’activité s’est ensuite calmée tandis qu’elle redoublait dans cette nouvelle fissure. L’éruption s’est poursuivie dans la durée avec une activité stable. Les coulées ont progressé en tunnels et ont conservé beaucoup d’énergie même si l’éruption était alors  moins visible.

L’éruption a pris fin une première fois le 30 mai 2015 mais les signaux géophysiques et géochimiques ne montraient pas un retour au calme. En effet, deux crises sismiques ont même obligé les autorités à évacuer et fermer l’Enclos Fouqué à nouveau.

C’est ainsi que l’éruption a redémarré le 31 juillet 2015. Orientée vers le Nord-Nord-Est, la fissure s’est étirée sur près de 700 mètres. Des fontaines de lave se sont mises à gicler.

L’activité explosive a construit un alignement de 7 petits cônes atteignant en une journée 7 m de hauteur.

ob_a96875_2015-09-19-pdf-fournaise-infoPhoto Fournaise-Info le 19/09/15

ob_4ca948_2015-09-12-pdf-clicanoo-fm-aPhoto de François Martel-Asselin/ Clicanoo, le Piton de la Fournaise visité par des volcanologues

Après cinq jours de pose, la troisième phase de l’éruption  a débuté le 24 août. Au Piton de La Fournaise, l’activité, dans sa troisième phase effusive, est toujours concentrée au piton Kalla et Pélé. En six semaines d’éruption, le cône atteint une hauteur d’une quarantaine de mètres … le 8 octobre, sa hauteur était de 51 mètres, mais elle fluctue, soumise à des phases d’édification et de destruction.

ob_abfcb8_2015-10-17-16-pdf-mamz-l-ha-fournaiLa Fournaise – Piton Kala et Pélé – photo 2015.10.17 / Mamz’l Ha / Fournaise-info

Depuis le 24 août, 52 millions de mètres cube de lave ont été émis. Les coulées n’ont pas progressé vers les Grandes Pentes, mais se sont étalées et ont prises de la hauteur.

ob_9db3e2_2015-10-30-pdf-olivier-grondin-foPiton de La Fournaise – activité en cours 30.10.2015 – photo Olivier Grondin / Fournaise-infos

 Le 31 octobre dans l’après-midi, l’activité volcanique est quasiment nulle … à 16h17, une forte diminution du trémor en deux minutes annonce la fin de la phase effusive en cours, avec la subsistance d’un dégazage léger. A 17 h, plus de fontaines de lave, ni d’explosion strombolienne … le Piton Kalla et Pélé est calme.

Sources : articles de Christian Holveck et Ludovic Leduc dans la revue LAVE de septembre 2015

                  articles de Bernard Duyck sur son blog : http://www.earth-of-fire.com/

Géologie et volcanisme au pays du Géoparc mondial des Monts d’ardèche, article de Frédéric Lavachery

le 1 novembre 2015 par Sylvie

La géologie du massif du Mézenc a toujours intéressé l’homme : Néanderthal et Cro-Magnon en furent les premiers pétrographes. Leur savoir relatif à la pierre ne devait-il pas intégrer une connaissance sensible des plus fines de la variété des sites, des gîtes de la matière minérale qui est à la source de l’humanité, de l’artisanat, de l’art, de la cosmogonie et de la science ?

 Ces sites se présente à l’œil de l’observateur et de l’usager dans un paysage qui a varié au fil des centaines de milliers d’années d’occupation humaine du territoire du Mézenc, au gré des évolutions du climat et de la végétation, mais aussi au gré des humeurs intimes de la Planète. L’homme a vu naître des paysages nouveaux dans le spectacle fascinant des éruptions. La connaissance et sa transmission, la culture, étant essentielle à la pérennité de l’espèce, l’homme aura pu remarquer que cette terre nouvelle, faite de pierre de feu, se prêtait admirablement à la vie, celle des végétaux nourriciers, guérisseurs ou vénéneux. Il n’aura pas manqué d’observer que les plantes se distribuent selon les altitudes et que les animaux aussi ont leurs habitats de prédilection. Nous ne serions pas là, si nos lointains parents n’avaient eu une science parfaite de l’environnement. Une science qui était un art : les fresques fabuleuses de la grotte de Chauvet –Pont d’Arc en témoignent. Les animaux de l’art pariétal ne tombaient pas du ciel, ils parcourraient les mêmes paysages que les hommes qui les ont croqués.

Les Boutières

crédit photo : Stéphane Mitifiot.

 Nos paysages du Mézenc expriment un environnement dont la structure dynamique est pilotée par une géologie qui est elle-même régie par de gigantesques pulsations telluriques. Des cycles de 400 à 600 millions d’années brassent tous les paysages du globe en enfournant fonds océaniques et continents dans le chaudron infernal du manteau terrestre, par la mécanique de la tectonique des plaques, mécanique qui assure le retour en surface par le volcanisme. Lorsque nos chemins du Plateau nous découvrent les Alpes, nous avons sous les yeux plus de trente millions d’années d’histoire de la Terre. Les volcans des hautes Boutières, sous le Mézenc, qui émergent des nuages dans la photo choisie pour illustrer cet article, nous offrent un paysage conçu dans le mariage géologique des plaques africaine et européenne il y a environ six millions d’années. Mais la gestation de ce panorama exceptionnel, source permanente d’une vie sociale, économique et culturelle qu’il nous faut sauvegarder de la boulimie énergivore de notre société financiarisée à outrance, cette gestation a pris elle-même quelques millions d’années : ces sommets volcaniques ne se sont dégagés de leur matrice terrestre pour émerger dans l’atmosphère que bien après la poussée des magmas vers la surface. Seul de ces sucs, de ces collines élancées, le Sara – au premier plan de la photo – a pointé le bout de son crâne à l’air libre à l’époque de ces éruptions. C’est l’érosion, elle même fille de la géologie et du climat, qui a dégagé la partie supérieure des appareils volcaniques souterrains.

 

Le paysage, dans sa structure dessinée par l’histoire géologique et hydrographique, n’a guère varié depuis les temps des hommes de la pierre. Cependant, des volcans sont nés qui auront bouleversé certains secteurs bien visibles depuis le Mézenc : les hommes de Néanderthal ont pu être saisis d’effroi lorsque de formidables soupapes ont percé le sol aux pieds du Mézenc pour libérer le trop-plein d’énergie accumulée dans les magmas sous les landes de Saint-Front, de Chaudeyrolles, de La Rochette, de Borée et de Saint-Martial. Ce que géologues et géographes appellent des  » maars », ces cratères à fleur de terre parfois occupés par un lac ou des tourbières, sont le produit du mariage particulièrement explosif du magma en ascension avec l’eau prisonnière des roches des nappes phréatiques.

 

L’eau et le feu, voilà bien un couple qui n’est pas près de divorcer et qui n’a pas fini d’engendrer ! Le lac d’Issarlès a ces parents-là lui aussi. Bien visible du haut du Mézenc, dont il n’est distant que de 16 kilomètres à vol d’oiseau, le maar d’Issarlès a pu connaître un épisode éruptif très étrange, une éruption aquatique, sous les yeux de quelque talentueux Cro-Magnon. Les eaux du lac ont probablement été soulevées en gerbes formidables, provoquant un raz-de-marée lacustre : telle est l’hypothèse que suggère une fresque de Chauvet-Pont d’Arc, le panneau des Mégacéros. Inconnu de l’homme moderne jusqu’en 1986, cette sorte de tsunami terrestre est extrêmement rare. Une nuit d’août 1986, les eaux du lac Nyos, un Issarlès du Cameroun, ont ravagé les environs, tuant 1700 paysans et leur cheptel. Le diagnostic fut immédiatement livré par Haroun Tazieff, depuis Paris : il ne pouvait s’agir que de l’éruption d’une quantité phénoménale de gaz carbonique volcanique qui a provoqué ce débordement violent du lac, le dioxyde de carbone, plus lourd que l’air et se substituant à lui, asphyxiant instantanément les victimes. Des traces possibles d’un tel événement sont visibles aux alentours du lac d’Issarlès et elles ont été trouvées en juillet 2015 à partir de cette interprétation de la fresque de Chauvet-Pont d’Arc. Si un tel événement s’est effectivement produit et qu’il fut décrit sur un panneau de la grotte Chauvet-Pont d’Arc il y a quelques 36.000 ans, cela signifierait que ce risque est toujours d’actualité. Le Mézenc est un strato-volcan éteint depuis 7 millions d’années, un édifice très complexe qui recèle encore bien des inconnues, qui domine une province volcanique qui reste active en Velay et en Vivarais. A côté du cratère-lac d’Issarlès, le volcan du Cherchemuse pourrait bien être lui aussi contemporain des hommes de Chauvet-Pont d’Arc, tout comme les sucs de Breysse, non loin de là, sur les communes du Monastier-sur Gazeille, de Présailles et l’Alleyrac. Des volcans plus jeunes encore et plus proches de Pont d’Arc caractérisent cette montagne, arrière-pays des grottes habitées ou ornées des gorges de l’Ardèche. chauvet

Crédit photo : Valérie Feruglio.

 

La structure de nos paysages reste celle dont le bestiaire de la grotte Chauvet-Pont d’Arc témoigne nécessairement, ne serait-ce que parce que cet art est né dans cet environnement de toute beauté. Elle est organisée par le jeu de failles de la croûte terrestre dont les orientations majeures sont, grosso modo, d’axes Sud-Ouest/Nord-Est et Nord-Ouest/Sud-Est. Ces axes alignent les volcans d’une part, les vallées profondes de nos rivières de l’autre. L’ensemble se lit remarquablement bien en cheminant par fonds de vallées et lignes de crêtes, depuis les gorges de l’Ardèche et leurs grottes ornées jusqu’au Mézenc et aux sucs volcaniques de l’Yssingelais, en passant par le massif du Meygal qui surplombe le remarquable bassin volcanique du Puy-en-Velay. Les vallées de l’Aubépin, en Haute-Loire, de la Bézorgues, de la Volane et de la Bourges, en Ardèche, soulignent l’axe NO/SE, jalonné de volcans aussi emblématiques du pays que le Mézenc, le Sara et le Gerbier de Jonc, mais aussi de volcans contemporains de l’homme comme le Ray-Pic, le Pic de l’Etoile ou la coupe d’Aizac.

 

 

Le lac d’Issarlès lui aussi, est tributaire d’une telle orientation tectonique, NO/SE. Mais il se trouve également dans l’axe de la Veyradeyre, une rivière née au Mézenc, qui a creusé son lit selon l’axe SE/NO, caractéristique d’une tectonique vieille de plus de 300 millions d’années et toujours active, se combinant depuis l’émergence des Pyrénées il y a 60 millions d’années, puis des Alpes il y en a une trentaine, à une tectonique nouvelle encore mal connue. C’est aussi l’orientation de la fameuse faille des Cévennes qui, sur près de 100 km, sépare le sud du Massif central des terres languedociennes. Faille nécessairement majeure, au même titre qu’a dû l’être la montagne volcanique, pour la formation et l’entretien de la carte mentale du territoire que se sont forgée et transmise les hommes du Paléolithique.

La Veyradeyre, vallée essentielle du pays du Mézenc, qui illustre parfaitement l’adaptation pluri-millénaire de l’homme à l’environnement naturel et géologique du massif, telle que nous pouvons la lire aujourd’hui tant dans l’architecture de ces paysages anthropisés depuis plus de mille ans, que dans la littérature archéologique, cette vallée a pour pendant sur le versant oriental du Mézenc celle de la Saliouse. Siège de panoramas somptueux, le bassin de la Saliouse découvre, grâce à l’action érosive de la rivière, des produits volcaniques uniques en cette région : le suc de Chabrières, sur la commune de Borée, fut éventré par une éruption d’ignimbrites, sorte d’aérosol volcanique ravageur de très, très haute énergie. Mais nos paysages du Mézenc ne sont pas marqués par cette roche claire, l’ignimbrite étant trop rare et c’en est là, au Chabrières, l’unique affleurement connu dans le Géoparc des Monts d’Ardèche. Ce sont les basaltes noirs et les phonolites grises à bleutées qui forment l’essentiel de nos affleurements rocheux, pierres de feu qui pour les premières nappent sous le sol fertile les vastes étendues du Plateau volcanique et pour les secondes le jalonnent de ces rondeurs expressives que l’on appelle des sucs. Les basaltes sont des laves fluides, dont les coulées ont recouvert le socle de granite, vestige d’une énorme chaîne de montagnes himalayennes, la chaîne dite varisque ou hercynienne, qui couvrait une bonne partie de l’Europe et de l’Amérique du nord formant, il y a plus de 300 millions d’années, un vaste continent que la tectonique et le volcanisme viendront disloquer en ouvrant l’Atlantique. Basaltes et phonolites sont, avec le bois, les matériaux de gros œuvre de l’architecture vernaculaire du massif, avec cette autre lave acide, visqueuse, qu’est le trachyte qui, lui, se prête à la taille pour la réalisation des encadrements de portes et de fenêtres.

 

Frédéric Lavachery.

 

Un peu de géographie au pays du Mézenc, article de Frédéric Lavachery

le 1 novembre 2015 par Sylvie

Panorama de Saint-Clément sur les hautes Boutières et le Mézenc.Saint Clément

 

Crédit photo Jean-Marc Demars, Centre Haroun Tazieff.

 

 

Le Mézenc exerce une influence culturelle à plus de 70 km à la ronde. Géographie physique et géographie humaine découpent à leur manière une histoire inscrite dans le paysage sans que nous puissions la décrypter dans toute sa complexité. Nous proposons ici une esquisse de géographie culturelle du Mézenc. Il s’agit d’une approche subjective : la sélection de quelques faits et l’agencement des arguments par lesquels nous les relions relève de choix dictés par l’expérience et par les enjeux de gestion du territoire. Une subjectivité assumée ne vaut-elle pas mieux que celle qui se pare d’une objectivité indémontrable ?

Le Mézenc et les vents

 

La géographie est un mode de description du présent de l’environnement comme transition du passé vers l’avenir. Et la question éolienne en est l’un des sujets actuellement particulièrement sensibles tant au plan local que national et européen, au même titre, par exemple, que l’évolution de l’architecture, y compris agricole. La géographie est donc essentiellement un outil forgé pour le travail des enjeux de société. En Mézenc, le vent est l’une des données fondamentales de la géographie. Réputé pays de confins, ce massif est la destination ultime des trois climats de l’Hexagone : l’océanique, le méditerranéen et le continental. Les climats y jettent leur dernier souffle, mais quel souffle !  » Il soufflait sur ces hauteurs un vent aigu dont l’aile avait  touché le front neigeux des Alpes, vif à tuer les faibles et à rendre centenaires les forts « , écrivait Jules Vallès au sujet du Mézenc. La littérature n’étant pas de la météorologie, Vallès ne pouvait en un aphorisme associer la force du vent aux Alpes qu’il contemplait des hauteurs de Chaudeyrolles, sans prendre quelques libertés avec la géographie climatique : le vent d’est est le seul qui soit quasi inexistant en Mézenc.

Les vents dominants, avec des rafales dépassant chaque année les 200 km/h, viennent de la Méditerranée ou y volent. Lorsqu’ils en viennent, et ce sont les plus violents, le Mézenc étant le relief le plus élevé entre la bordure sud du Massif central et la côte. Il y a cependant l’obstacle du Tanargue, massif principalement granitique culminant à 1500 mètres en bordure sud du secteur volcanique qui sommeille en Ardèche, qui provoque les précipitations les plus importantes de la région lors des épisodes cévenols. On y a enregistré quelques records nationaux de pluviométrie. Le vent du nord, lui, se fera Mistral en bas Vivarais et dans le Gard tout proche. De l’ouest, nous vient la Traverse, moins puissante, moins fréquente.

L’élevage bovin et l’appellation « Fin gras »

 

Contrainte permanente, ce vent est une ressource majeure depuis que l’élevage bovin s’est installé de façon permanente sur ces hauteurs, il y a plusieurs siècles. La richesse naturelle des pâtures tient autant à l’ensoleillement qu’à la nature volcanique des sols et à l’étage bioclimatique pré-alpin. La productivité en fourrage de haute qualité est augmentée par le vent qui, permettant un séchage rapide sur prés fauchés, fournit de quoi nourrir le cheptel sur place au long d’hivers qui peuvent durer six mois. Pas de transhumance, donc et un habitat permanent, ce qui en ces altitudes est rare dans les massifs européens. Le  » Fin Gras  » est l’appellation d’origine de la viande de bœuf issue du mode d’élevage traditionnel propre à ces caractères géographiques du Mézenc.

L’architecture spécifique des fermes du Mézenc

L’architecture d’une valeur paysagère remarquable témoigne encore de ces particularité, avec ces longues fermes du Mézenc, toutes faites de laves, orientées nord-sud, avec l’étable au nord et une immense grange assurant l’isolation de l’habitat des bêtes et des hommes. Généralement implantées dans la pente des volcans et des coulées, ces fermes à deux niveaux se caractérisent souvent par l’un des murs de long-pan enterré, contribuant à l’isolation thermique, tout comme l’épaisseur des maçonneries qui peut aller de deux mètres à la base à soixante-quinze centimètres aux têtes de murs. Architecture austère, de peu d’ouvertures, où le noir et les gris de la pierre sont constellés de lichens couleur de rouille et parfois blancs, aux toitures sans lucarnes ni chiens assis, couvertes de lauzes de phonolite, cette lave qui se débite aisément en dalles.

 

Le bois des charpentes, en résineux de montagne, vient des forêts de plus basse altitude de Haute-Loire et d’Ardèche. La production vivrière locale est enrichie par la proximité des vergers et maraîchage d’Ardèche et de Drôme. Les marchés de villages persistent mais leurs volumes sont en diminution constante, comme le sont les salles de classes dans les villages peu nombreux qui ont pu conserver une école. La problématique des zones rurales minées par la politique agricole européenne, accentuée en régions de montagne, offre à l’économie du tourisme  » vert  » et patrimonial un horizon qui, marié à l’émergence de circuits courts et de vente directe pour une agriculture peu intensive, devient la seule perspective pour enrayer la chute de la démographie. La diminution progressive de l’enneigement conduit à une promotion touristique toutes saisons, mais la rudesse persistante du climat en limite la rentabilité à quelques semaines plus ou moins estivales, de juin à septembre. Le marché de l’habitat secondaire sauve beaucoup de maisons de village ou de fermes isolées, permet un volume de travail appréciable aux artisans du bâtiment, mais ne génère guère d’installations permanentes.

Un exemple de valorisation du territoire

 

Ce contexte économique et social a conduit à une recherche de valorisation patrimoniale par le paysage, par la géologie, par le volcanisme, par la biodiversité, par les écrins d’architecture ou les bassins d’histoire. Mais aussi par le vent. Une contrainte devient une ressource par l’opportunité de la spéculation financière, moteur de l’éolien industriel. Des maires et présidents de communautés de communes reconnaissent en privé que le dossier de l’éolien industriel ne tient pas la route au plan de la rationalité économique, mais en public ils se montrent chauds partisans de son développement sur leurs terres, l’argent n’ayant pas d’odeur. Un seul maire du Mézenc a su combiner cette ressource financière opportuniste avec une valorisation profonde du patrimoine local pour dynamiser le territoire sans le dilapider, c’est celui qui a présidé le conseil communal du village ardéchois de Saint-Clément de 1974 à 2014. Bernard Cuoq était un petit agriculteur qui faisait encore la traite à la main. En 1992, témoigne-t-il en 2012, l’idée d’installer un parc éolien à Saint-Clément a émergé. A l’époque, le Conseil Régional de Rhône-Alpes  proposait son aide pour les communes souhaitant réaliser des projets éoliens. Au début des années 1990, on parlait très peu d’éoliennes !  J’ai donc pensé que cette aide pourrait être une formidable opportunité de se lancer dans un projet innovant et qui permettrait de renforcer l’attrait touristique de Saint-Clément mais aussi d’avoir des rentrées d’argent supplémentaires. Le projet a un peu piétiné au départ. Il faut dire qu’il s’agissait d’un des premiers parcs éoliens à être présentés en préfecture, où on manifestait peu d’entrain à suivre le dossier. L’accompagnement d’OSTWIND, présent à nos côtés à toutes les étapes clés du projet, nous a permis de le mener à terme sereinement. Nous avons noué une relation très positive ! Aujourd’hui, grâce aux retombées économiques des éoliennes, nous pouvons financer le fonctionnement de l’Ecole du Vent, qui reçoit chaque année environ 9000 visiteurs

 

Ces éoliennes sont les moins hautes de la région, 80 mètres, il n’y en a que deux et leur emplacement ne fusille pas les panoramas somptueux de Saint-Clément. L’Ecole du vent est une très belle réalisation, tant pas la restauration d’un beau bâti traditionnel que par la qualité de sa muséographie et celle de ses animations. Par contre, quels que soient les convictions de ses animateurs au sujet de l’éolien industriel, ils sont obligés d’en faire l’éloge.

 

Le vent est l’une des valeurs patrimoniales fortes du Mézenc. Associé à la neige il forme la burle, un blizzard de légende qui tisse au quotidien la culture locale aussi sûrement que les volcans. Cette burle dont chaque famille peut enrichir la mythologie de ses expériences propres, enchante les évocations nostalgiques jusqu’aux limites de cette aire de 70 km de rayon qui fait du Mézenc un sorte de pôle magnétique auquel personne ne saurait se soustraire.

 

Frédéric Lavachery, octobre 2015.