Numéro spécial Los Rocaires sur les Journées Haroun Tazieff

le 10 janvier 2016 par Sylvie

Los Rocaires, bulletin de liaison du Centre de Ressources Environnement et développement durable, basé à Vailhan, a sorti un magnifique numéro spécial sur les Journées Haroun Tazieff. Les articles sont riches et intéressants, illustrés de  photos et documents. L’édito a été signé par Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue bien connu, dans lequel il rend hommage à Haroun Tazieff.

Voici le sommaire :

– Haroun Tazieff, le pélerin des volcans par Frédéric Lavachery, président du Centre Haroun Tazieff pour les Sciences de la Vie et de la Terre et fils d’Haroun Tazieff.

 – Les Journées Haroun Tazieff par Bernard Halleux, président de l’Association de Protection de la Nature des Hauts Cantons, instigateur infatigable de ces JHT.

– LAVE par Claude Lesclingand, membre fondateur, président d’honneur et délégué du sud-Est, qui présente  l’Association de Volcanologie Européenne.

– Saint Thibéry au pied de s Monts par Philippe Ferrer, association pour la Préservation du Patrimoine de Saint Thibéry.

– L’usine volcan par Jean-Marie Dautria, maître de conférence émérite université de Montpellier 2.

– Les volcans actifs du Sud de l’italie par Jean-Claude Bousquet, géologue universitaire.

– Bessan, un collège en éruption par Bruno Taragnat et Sébastien Maurras, professeur d’EPS et de SVT.

– Des volcans en partage par Valérie Baille et Chrystèle Buonomo, professeurs des Ecoles.

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La tectonique des plaques existerait depuis bien plus de 800 millions d’années, article de Laurent Sacco sur Futura Sciences du 18 décembre 2015.

le 19 décembre 2015 par Sylvie

De quand date le début de la tectonique des plaques ? Certains géo-dynamiciens lui donnaient 800 millions d’années mais la réponse à cette question reste controversée. Une nouvelle analyse des conditions de formation de certaines roches métamorphiques, les schistes bleus, laisse maintenant penser que cette tectonique pourrait dater d’un milliard d’années, voire plus.

En étudiant des schistes bleus, des géodynamiciens en avaient conclu que l'âge du démarrage de la tectonique des plaques était de 800 millions d'années. Aujourd'hui, un verrou vient de sauter : le phénomène aurait pu exister avant. Sur la photo, les roches du Lavoir, sur l'île de Groix, en Bretagne. © Christian Nicollet

En étudiant des schistes bleus, des géodynamiciens en avaient conclu que l’âge du démarrage de la tectonique des plaques était de 800 millions d’années. Aujourd’hui, un verrou vient de sauter : le phénomène aurait pu exister avant. Sur la photo, les roches du Lavoir, sur l’île de Groix, en Bretagne. © Christian Nicollet

Dans les années 1960, l’adoption de la théorie de la dérive des continents, et finalement de la théorie de la tectonique des plaques qui en est sa forme moderne, a constitué un changement de paradigme important pour la communauté des géosciences. Ce ne fut pas sans de multiples résistances, jusqu’au début des années 1970. Le volcanologue Haroun Tazieff et ses collègues explorant la fameuse dépression de l’Afar, en Afrique de l’Est, y découvrirent un rift océanique exondé et contribuèrent à cette révolution des sciences de la Terre. En effet, dans cette région du globe, il est possible de voir et mesurer l’expansion des océans et la fabrication d’une nouvelle croûte océanique. Cependant, la surface de la Terre étant finie, il faut nécessairement que de la croûte océanique disparaisse quelque part.

La clé de l’énigme est facile à trouver : il se produit des phénomènes dit de subduction, c’est-à-dire le plongement d’une plaque océanique sous une autre, par exemple continentale. Or cette subduction s’accompagne de processus de transformation des roches qui font partie de ce que l’on appelle le métamorphisme. En l’occurrence, du basalte de plaque océanique qui plonge dans le manteau va subir des augmentations de pression et de température. Lorsque ces dernières sont respectivement hautes et basse, le basalte voit sa composition minéralogique changer ; il se forme alors des schistes bleus. Il s’agit de roches métamorphiques caractérisées par la présence de glaucophane (couleur bleue) et de micas blancs.

Dans la dépression de l’Afar, dans la corne de l’Afrique, une expédition scientifique fait route pour étudier le volcan Erta Alé. Dans cette interview, le volcanologue Haroun Tazieff évoque son expédition et l’activité volcanique. Un témoignage accompagné d’images d’illustration de l’expédition sur le volcan, de son équipe au travail, des archives des films Etna 71 et de son expédition dans l’Afar. © INA, ORTF

Des schistes utilisés comme marqueur de la subduction

Les mouvements tectoniques font que certaines de ces roches caractéristiques d’une subduction d’une plaque océanique sous une plaque continentale peuvent se retrouver à la surface de la Terre. Il est ainsi possible de trouver de très beaux affleurements de ces roches, par exemple sur l’île de Groix, en Bretagne. Ces affleurements nous permettent de collecter des échantillons qui peuvent être datés. Surprise : on ne trouve pas de schistes bleus dont l’âge est supérieur à 800 millions d’années environ. Des géodynamiciens en avaient conclu que c’était là l’âge du démarrage de la tectonique des plaques.

Malheureusement, cela n’est pas sans poser problème car d’autres indications laissent entendre que la tectonique des plaques existe sur Terre depuis des milliards d’années (pendant l’Archéen et peut-être même l’Hadéen). Cette tectonique devait être différente d’aujourd’hui, avec un plus grand nombre de plaques se déplaçant plus rapidement car le manteau de notre planète était plus chaud et plus convectif.

Heureusement, un article récemment publié dans Nature Geoscience par des chercheurs de l’université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne, a semble-t-il levé la contradiction grâce à un modèle géochimique. Un manteau plus chaud signifie aussi que la composition de la croûte océanique était différente il y a plus d’un milliard d’années : elle était plus riche en oxyde de magnésium. D’après ce modèle, la subduction d’une telle croûte ne produit pas de schistes bleus mais bien de schistes verts, que l’on associe aujourd’hui à du métamorphisme se produisant dans des conditions de basses pression et température.

Le manque de schistes bleus dans les roches anciennes n’est pas incompatible avec une subduction. Un verrou a donc sauté qui nous empêchait d’admettre que la tectonique des plaques était déjà active il y a 3,8 à 4 milliards d’années.

Article complet sur :

http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/tectonique-plaques-tectonique-plaques-existerait-depuis-bien-plus-800-millions-annees-60895/#xtor=EPR-17-[QUOTIDIENNE]-20151219-[ACTU-La-tectonique-des-plaques-existerait-depuis-bien-plus-de-800-millions-d-annees]

 

Exposition, spectacle, film et débat : Volcans les Forges de la vie à Beaurepaire du 3 au 7 novembre

le 2 novembre 2015 par Sylvie

Du 3 au 7 novembre, les volcans et Haroun Tazieff sont mis à l’honneur à Beaurepaire où Frédéric Lavachery, président du Centre Haroun Tazieff interviendra.

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Le programme est riche et vairé :

Tout d’abord un spectacle intitulé « Volcans » avec Venera Battiato et Geneviève Baudot des compagnies Ephémère et Volte-face qui sera donné pour des publics scolaires les 3 et 5 novembre avec une représentation tout public le samedi 7 novembre à 20h30. AFFICHEVOLCANS900pixel

L’exposition « Haroun Tazieff, l’oracle des volcans » sera installée dans la salle du Rocher et les scolaires viendront la visiter et rencontreront Frédéric Lavachery. elle sera ouverte au public le samedi 7 novembre.

Des lectures de correspondances d’Haroun Tazieff et de littérature volcanique auront lieu le 5 novembre à 19h et le 7 novembre à 17h par des artistes de l’association Heureux Has’arts.

Une projection-débat du film « Etna » d’Haroun Tazieff aura lieu le vendredi  6 novembre à 20h30 en présence de Frédéric Lavachery et de Venera Battiato, artiste née au pied de l’Etna.

Et pour clôturer cette semaine, le spectacle « Volcans » sera donné  le samedi 7 novembre à 20h30 pour tout public.

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Programme chronologique du 03 au 07 nov

 

Les éruptions du Piton de la Fournaise (île de la Réunion) du 17 mai jusqu’au 30 octobre 2015

le 2 novembre 2015 par Sylvie

L’éruption a démarré le dimanche 17 mai 2015 à 14h. Une 1ère fissure s’est ouverte sur le flanc sud-Est du massif, à proximité du Château-Fort. Puis une longue fissure s’est ouverte en amont du Château-Fort. Le spectacle était impressionnant à cause de la succession des bouches actives alignées sur la fissure. Puis il y a eu l’ouverture d’une seconde fissure aux abords du cratère Langlois, à 800 mètres à l’est de la fissure initiale dont l’activité s’est ensuite calmée tandis qu’elle redoublait dans cette nouvelle fissure. L’éruption s’est poursuivie dans la durée avec une activité stable. Les coulées ont progressé en tunnels et ont conservé beaucoup d’énergie même si l’éruption était alors  moins visible.

L’éruption a pris fin une première fois le 30 mai 2015 mais les signaux géophysiques et géochimiques ne montraient pas un retour au calme. En effet, deux crises sismiques ont même obligé les autorités à évacuer et fermer l’Enclos Fouqué à nouveau.

C’est ainsi que l’éruption a redémarré le 31 juillet 2015. Orientée vers le Nord-Nord-Est, la fissure s’est étirée sur près de 700 mètres. Des fontaines de lave se sont mises à gicler.

L’activité explosive a construit un alignement de 7 petits cônes atteignant en une journée 7 m de hauteur.

ob_a96875_2015-09-19-pdf-fournaise-infoPhoto Fournaise-Info le 19/09/15

ob_4ca948_2015-09-12-pdf-clicanoo-fm-aPhoto de François Martel-Asselin/ Clicanoo, le Piton de la Fournaise visité par des volcanologues

Après cinq jours de pose, la troisième phase de l’éruption  a débuté le 24 août. Au Piton de La Fournaise, l’activité, dans sa troisième phase effusive, est toujours concentrée au piton Kalla et Pélé. En six semaines d’éruption, le cône atteint une hauteur d’une quarantaine de mètres … le 8 octobre, sa hauteur était de 51 mètres, mais elle fluctue, soumise à des phases d’édification et de destruction.

ob_abfcb8_2015-10-17-16-pdf-mamz-l-ha-fournaiLa Fournaise – Piton Kala et Pélé – photo 2015.10.17 / Mamz’l Ha / Fournaise-info

Depuis le 24 août, 52 millions de mètres cube de lave ont été émis. Les coulées n’ont pas progressé vers les Grandes Pentes, mais se sont étalées et ont prises de la hauteur.

ob_9db3e2_2015-10-30-pdf-olivier-grondin-foPiton de La Fournaise – activité en cours 30.10.2015 – photo Olivier Grondin / Fournaise-infos

 Le 31 octobre dans l’après-midi, l’activité volcanique est quasiment nulle … à 16h17, une forte diminution du trémor en deux minutes annonce la fin de la phase effusive en cours, avec la subsistance d’un dégazage léger. A 17 h, plus de fontaines de lave, ni d’explosion strombolienne … le Piton Kalla et Pélé est calme.

Sources : articles de Christian Holveck et Ludovic Leduc dans la revue LAVE de septembre 2015

                  articles de Bernard Duyck sur son blog : http://www.earth-of-fire.com/

Géologie et volcanisme au pays du Géoparc mondial des Monts d’ardèche, article de Frédéric Lavachery

le 1 novembre 2015 par Sylvie

La géologie du massif du Mézenc a toujours intéressé l’homme : Néanderthal et Cro-Magnon en furent les premiers pétrographes. Leur savoir relatif à la pierre ne devait-il pas intégrer une connaissance sensible des plus fines de la variété des sites, des gîtes de la matière minérale qui est à la source de l’humanité, de l’artisanat, de l’art, de la cosmogonie et de la science ?

 Ces sites se présente à l’œil de l’observateur et de l’usager dans un paysage qui a varié au fil des centaines de milliers d’années d’occupation humaine du territoire du Mézenc, au gré des évolutions du climat et de la végétation, mais aussi au gré des humeurs intimes de la Planète. L’homme a vu naître des paysages nouveaux dans le spectacle fascinant des éruptions. La connaissance et sa transmission, la culture, étant essentielle à la pérennité de l’espèce, l’homme aura pu remarquer que cette terre nouvelle, faite de pierre de feu, se prêtait admirablement à la vie, celle des végétaux nourriciers, guérisseurs ou vénéneux. Il n’aura pas manqué d’observer que les plantes se distribuent selon les altitudes et que les animaux aussi ont leurs habitats de prédilection. Nous ne serions pas là, si nos lointains parents n’avaient eu une science parfaite de l’environnement. Une science qui était un art : les fresques fabuleuses de la grotte de Chauvet –Pont d’Arc en témoignent. Les animaux de l’art pariétal ne tombaient pas du ciel, ils parcourraient les mêmes paysages que les hommes qui les ont croqués.

Les Boutières

crédit photo : Stéphane Mitifiot.

 Nos paysages du Mézenc expriment un environnement dont la structure dynamique est pilotée par une géologie qui est elle-même régie par de gigantesques pulsations telluriques. Des cycles de 400 à 600 millions d’années brassent tous les paysages du globe en enfournant fonds océaniques et continents dans le chaudron infernal du manteau terrestre, par la mécanique de la tectonique des plaques, mécanique qui assure le retour en surface par le volcanisme. Lorsque nos chemins du Plateau nous découvrent les Alpes, nous avons sous les yeux plus de trente millions d’années d’histoire de la Terre. Les volcans des hautes Boutières, sous le Mézenc, qui émergent des nuages dans la photo choisie pour illustrer cet article, nous offrent un paysage conçu dans le mariage géologique des plaques africaine et européenne il y a environ six millions d’années. Mais la gestation de ce panorama exceptionnel, source permanente d’une vie sociale, économique et culturelle qu’il nous faut sauvegarder de la boulimie énergivore de notre société financiarisée à outrance, cette gestation a pris elle-même quelques millions d’années : ces sommets volcaniques ne se sont dégagés de leur matrice terrestre pour émerger dans l’atmosphère que bien après la poussée des magmas vers la surface. Seul de ces sucs, de ces collines élancées, le Sara – au premier plan de la photo – a pointé le bout de son crâne à l’air libre à l’époque de ces éruptions. C’est l’érosion, elle même fille de la géologie et du climat, qui a dégagé la partie supérieure des appareils volcaniques souterrains.

 

Le paysage, dans sa structure dessinée par l’histoire géologique et hydrographique, n’a guère varié depuis les temps des hommes de la pierre. Cependant, des volcans sont nés qui auront bouleversé certains secteurs bien visibles depuis le Mézenc : les hommes de Néanderthal ont pu être saisis d’effroi lorsque de formidables soupapes ont percé le sol aux pieds du Mézenc pour libérer le trop-plein d’énergie accumulée dans les magmas sous les landes de Saint-Front, de Chaudeyrolles, de La Rochette, de Borée et de Saint-Martial. Ce que géologues et géographes appellent des  » maars », ces cratères à fleur de terre parfois occupés par un lac ou des tourbières, sont le produit du mariage particulièrement explosif du magma en ascension avec l’eau prisonnière des roches des nappes phréatiques.

 

L’eau et le feu, voilà bien un couple qui n’est pas près de divorcer et qui n’a pas fini d’engendrer ! Le lac d’Issarlès a ces parents-là lui aussi. Bien visible du haut du Mézenc, dont il n’est distant que de 16 kilomètres à vol d’oiseau, le maar d’Issarlès a pu connaître un épisode éruptif très étrange, une éruption aquatique, sous les yeux de quelque talentueux Cro-Magnon. Les eaux du lac ont probablement été soulevées en gerbes formidables, provoquant un raz-de-marée lacustre : telle est l’hypothèse que suggère une fresque de Chauvet-Pont d’Arc, le panneau des Mégacéros. Inconnu de l’homme moderne jusqu’en 1986, cette sorte de tsunami terrestre est extrêmement rare. Une nuit d’août 1986, les eaux du lac Nyos, un Issarlès du Cameroun, ont ravagé les environs, tuant 1700 paysans et leur cheptel. Le diagnostic fut immédiatement livré par Haroun Tazieff, depuis Paris : il ne pouvait s’agir que de l’éruption d’une quantité phénoménale de gaz carbonique volcanique qui a provoqué ce débordement violent du lac, le dioxyde de carbone, plus lourd que l’air et se substituant à lui, asphyxiant instantanément les victimes. Des traces possibles d’un tel événement sont visibles aux alentours du lac d’Issarlès et elles ont été trouvées en juillet 2015 à partir de cette interprétation de la fresque de Chauvet-Pont d’Arc. Si un tel événement s’est effectivement produit et qu’il fut décrit sur un panneau de la grotte Chauvet-Pont d’Arc il y a quelques 36.000 ans, cela signifierait que ce risque est toujours d’actualité. Le Mézenc est un strato-volcan éteint depuis 7 millions d’années, un édifice très complexe qui recèle encore bien des inconnues, qui domine une province volcanique qui reste active en Velay et en Vivarais. A côté du cratère-lac d’Issarlès, le volcan du Cherchemuse pourrait bien être lui aussi contemporain des hommes de Chauvet-Pont d’Arc, tout comme les sucs de Breysse, non loin de là, sur les communes du Monastier-sur Gazeille, de Présailles et l’Alleyrac. Des volcans plus jeunes encore et plus proches de Pont d’Arc caractérisent cette montagne, arrière-pays des grottes habitées ou ornées des gorges de l’Ardèche. chauvet

Crédit photo : Valérie Feruglio.

 

La structure de nos paysages reste celle dont le bestiaire de la grotte Chauvet-Pont d’Arc témoigne nécessairement, ne serait-ce que parce que cet art est né dans cet environnement de toute beauté. Elle est organisée par le jeu de failles de la croûte terrestre dont les orientations majeures sont, grosso modo, d’axes Sud-Ouest/Nord-Est et Nord-Ouest/Sud-Est. Ces axes alignent les volcans d’une part, les vallées profondes de nos rivières de l’autre. L’ensemble se lit remarquablement bien en cheminant par fonds de vallées et lignes de crêtes, depuis les gorges de l’Ardèche et leurs grottes ornées jusqu’au Mézenc et aux sucs volcaniques de l’Yssingelais, en passant par le massif du Meygal qui surplombe le remarquable bassin volcanique du Puy-en-Velay. Les vallées de l’Aubépin, en Haute-Loire, de la Bézorgues, de la Volane et de la Bourges, en Ardèche, soulignent l’axe NO/SE, jalonné de volcans aussi emblématiques du pays que le Mézenc, le Sara et le Gerbier de Jonc, mais aussi de volcans contemporains de l’homme comme le Ray-Pic, le Pic de l’Etoile ou la coupe d’Aizac.

 

 

Le lac d’Issarlès lui aussi, est tributaire d’une telle orientation tectonique, NO/SE. Mais il se trouve également dans l’axe de la Veyradeyre, une rivière née au Mézenc, qui a creusé son lit selon l’axe SE/NO, caractéristique d’une tectonique vieille de plus de 300 millions d’années et toujours active, se combinant depuis l’émergence des Pyrénées il y a 60 millions d’années, puis des Alpes il y en a une trentaine, à une tectonique nouvelle encore mal connue. C’est aussi l’orientation de la fameuse faille des Cévennes qui, sur près de 100 km, sépare le sud du Massif central des terres languedociennes. Faille nécessairement majeure, au même titre qu’a dû l’être la montagne volcanique, pour la formation et l’entretien de la carte mentale du territoire que se sont forgée et transmise les hommes du Paléolithique.

La Veyradeyre, vallée essentielle du pays du Mézenc, qui illustre parfaitement l’adaptation pluri-millénaire de l’homme à l’environnement naturel et géologique du massif, telle que nous pouvons la lire aujourd’hui tant dans l’architecture de ces paysages anthropisés depuis plus de mille ans, que dans la littérature archéologique, cette vallée a pour pendant sur le versant oriental du Mézenc celle de la Saliouse. Siège de panoramas somptueux, le bassin de la Saliouse découvre, grâce à l’action érosive de la rivière, des produits volcaniques uniques en cette région : le suc de Chabrières, sur la commune de Borée, fut éventré par une éruption d’ignimbrites, sorte d’aérosol volcanique ravageur de très, très haute énergie. Mais nos paysages du Mézenc ne sont pas marqués par cette roche claire, l’ignimbrite étant trop rare et c’en est là, au Chabrières, l’unique affleurement connu dans le Géoparc des Monts d’Ardèche. Ce sont les basaltes noirs et les phonolites grises à bleutées qui forment l’essentiel de nos affleurements rocheux, pierres de feu qui pour les premières nappent sous le sol fertile les vastes étendues du Plateau volcanique et pour les secondes le jalonnent de ces rondeurs expressives que l’on appelle des sucs. Les basaltes sont des laves fluides, dont les coulées ont recouvert le socle de granite, vestige d’une énorme chaîne de montagnes himalayennes, la chaîne dite varisque ou hercynienne, qui couvrait une bonne partie de l’Europe et de l’Amérique du nord formant, il y a plus de 300 millions d’années, un vaste continent que la tectonique et le volcanisme viendront disloquer en ouvrant l’Atlantique. Basaltes et phonolites sont, avec le bois, les matériaux de gros œuvre de l’architecture vernaculaire du massif, avec cette autre lave acide, visqueuse, qu’est le trachyte qui, lui, se prête à la taille pour la réalisation des encadrements de portes et de fenêtres.

 

Frédéric Lavachery.