D’Haroun Tazieff à Thierry del Rosso, une approche naturaliste et culturelle de la volcanologie, un pavin dans la mare, article de frédéric Lavachery

le 2 mars 2013 par Sylvie

Thierry del Rosso et ses collègues en prospection aux alentours du lac Pavin (photo CHT).

Le trimestriel auvergnat d’information critique La Galipote, en son premier numéro de 2013, expose en douze pages les travaux actuels du professeur Michel Meybeck sur la fécondité d’une approche du volcanisme qui intègre les récits anciens relevant soit du savoir populaire, soit des observations d’érudits et de naturalistes oubliés depuis des siècles.

Michel Meybeck s’appuie sur les recherches de l’hydrogéologue Thierry del Rosso et du géologue Pierre Lavina qui ont découvert, entre 2004 et 2008, que le système volcanique du Pavin-Montchal-Moncinyere, dans le Puy-de-Dôme a connu une activité éruptive en des temps historiques.

A la fin des années 1980, déjà, Haroun Tazieff affirmait que les dernières manifestations éruptives dans le Puy-de-Dôme avait eu lieu il y a 1500 ans et 2000 ans.
A la suite de la catastrophe du lac Nyos, au Cameroun, où, en 1986, 1800 personnes ont été tuées par une éruption gazeuse de C02, Tazieff et ses collaborateurs François Le Guern, du CNRS, et René-Xavier Faivre-Pierret, du CEA, se sont attachés à l’étude des risques liés au dégazage brutal de grandes quantités de C02 dans les zones de cratères « phréato-magmatiques »», de « maars », ces dépressions qui parsèment les massifs volcaniques du Massif central, produites par la rencontre explosive du magma et de l’eau des nappes phréatiques.

Dès 2004, Thierry del Rosso, en parfait connaisseur de l’histoire naturelle et culturelle du Massif central, s’est penché attentivement sur les légendes et contes fantastiques d’Auvergne, en particulier ceux qui ont pour objet les lacs qui occupent les cratères de nos volcans, parce qu’il a eu l’intuition qu’il fallait les relier à la perception que les populations du haut moyen-âge pouvaient avoir des risques naturels.

Parallèlement, parce que la valeur de ses découvertes était –et reste- fortement contestée par les autorités académiques de la volcanologie française, Thierry del Rosso a fait des fouilles dans les publications scientifiques du siècle dernier et a exhumé une datation faite en 1963 par la méthode du carbone 14, carbone radioactif, sur des cendres volcaniques stromboliennes retombées sur un sol tourbeux situé sur la commune de Clermont-Ferrand. Cette datation situait en 1200 après Jésus-Christ l’éruption responsable de ces retombées. La communauté scientifique a contesté ce résultat et il semble que les documents relatifs à cette datation aient été supprimés des archives de la faculté de Clermont.

A l’heure actuelle, nous ne savons pas encore sur quelles datations Tazieff se fondait pour affirmer que la région de Clermont avait connu une activité éruptive il y a 1500 et 2000 ans. Peut-être s’agit-il de cendres volcaniques comblant des piscines gallo-romaines à Royat, dont la datation donnerait une éruption s’étant produite entre 1500 et 2000 ans d’ici. Cette datation elle aussi fut fortement controversée et a été supprimée des références.
Les archives Tazieff qui sont en cours d’inventaire au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris nous permettront peut-être d’en savoir plus.

Toujours est-il que, compte tenu de la marge d’erreur des datations faites en 1963 par la recherche du carbone 14 dans des échantillons de matière organique (la tourbe en l’occurrence), les documents de 1963 retrouvés par Thierry del Rosso sont à rapprocher des retombées volcaniques qu’il a découvertes avec Pierre Lavina sur un sol situé dans le secteur Pavin-Montchal-Montcineyre, dont la datation effectuée par deux laboratoires, l’un suisse et l’autre belge, donnent une éruption se situant aux alentours de l’an 1250 de notre ère. Ces résultats ont été contestés par la faculté de Clermont parce que les analyses ont été faite sur sol et non sur charbon de bois, matière organique.

Cependant, del Rosso et Lavina ont également fait dater des échantillons pris sur charbon de bois dans les coulées de boues issues du lac Pavin –coulées dévastatrices que les volcanologues appellent « lahars »- dans lesquelles se trouvaient des ossements humains. Et l’on tombe à nouveau sur cette période des alentours de 1200.

Toujours à la recherche de la preuve-de la preuve-de la preuve devant le refus persistant de la communauté scientifique de Clermont de valider ses découvertes, Thierry del Rosso s’est donc attaché également à l’examen des pratiques religieuses populaires des régions à risque liés au volcanisme. C’est ainsi qu’il a mis en lumière le cas du site de Vassivière, situé à trois kilomètres du lac Pavin et qu’il l’a mis en relation avec plusieurs statues de la Vierge que l’on trouve en descendant le cours de la Couze Pavin. Ce qui l’a frappé, c’est le sens des processions qui ne remontent pas le cours de la rivière, comme on pourrait s’y attendre pour un rite chrétien d’élévation, mais qui « à la dévalade », pourrait répondre à la nécessité de conjurer un risque de catastrophe naturelle, comme le tsunami terrestre provoqué par la brutale vidange du lac Pavin au treizième siècle, dont le tout proche village de Besse fut la première victime. La légende de la « ville engloutie » qui court sur le Pavin trouverait-là son origine. Tout esprit cartésien et ouvert en sciences de la Terre se devrait de reconnaître la nécessité d’examiner tous les indices d’impact des phénomènes naturels sur les témoins de l’époque et de les soumettre à l’étude de toutes les disciplines scientifiques, sciences humaines comprises.

Comme le propose le géographe Philippe Reyt, « la géographie du sacré est susceptible d’intéresser la géographie contemporaine. Elle induit la désignation sur le territoire de lieux réservés aux seules forces de la nature, encore bien présents dans l’ imaginaire spatial du vingtième siècle. »

Du lac Pavin à l’alignement des « Saint-Andéol » : l’eau support de l’histoire du volcanisme ? Une nouvelle recherche s’engage ! article de Frédéric Lavachery

le 2 mars 2013 par Sylvie
La veillée « Culture et Patrimoine » organisée le 20 février au hameau de Condas, à Saint-Martial, par Frère Maximilien-Marie, inaugure un champ de recherches sur la faille tectonique qui, d’une cicatrice rectiligne, balafre l’Ardèche depuis le lac de Saint-Front, en Haute-Loire, jusqu’à Bourg Saint-Andéol , sur le Rhône.A point nommé, le magazine La Galipote, en son numéro 127 de janvier 2013, consacre un dossier de douze pages aux découvertes récentes d’un volcanisme actif au coeur du Massif central, autour du lac Pavin, dans le massif des Monts Dore.

A point nommé, d’abord parce que ce dossier stimule la curiosité pour la recherche en Vivarais sur les liens entre manifestations telluriques et religieuses au fil des âges, curiosité que traduit le programme d’exploration de terrain que le Centre Haroun Tazieff inaugurera cette année avec des spécialistes des sciences de la terre (ce ne sont pas des terrassiers) et de l’histoire des religions.

A point nommé parce que le complexe volcanique du lac Pavin couronne un chapelet d’une douzaine de lacs volcaniques exceptionnels pour la diversité de leurs richesses naturelles, patrimoine unique en Europe, voir au monde, patrimoine ignoré, alors que la Chaîne des Puys est candidate au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette candidature est une chance pour les volcans remarquablement méconnus du Massif central, à commencer par ceux qui abritent ces lacs du Cézallier et ceux qui enchantent nos paysages du Velay et du Vivarais. A nous, gens du Mézenc, de faire de cette candidature du Puy-de-Dôme un levier fédérateur pour tous les massifs volcaniques de l’Hexagone. « Montagne, Ouvre-toi! »

A point nommé parce que le Centre Haroun Tazieff, dans la perspective du centenaire en 2014 de la naissance du fondateur de la volcanologie moderne, pourra s’appuyer sur les travaux des scientifiques cités dans la Galipote, Thierry del Rosso, Pierre Lavina et Michel Meybeck, pour démontrer la pleine actualité des recherches conduites par Tazieff, notamment au sujet des volcans qui ont marié l’eau et le feu comme le Pavin, le maar de Borée ou le lac d’Issarlès mais aussi sur l’approche pluridisciplinaire du volcanisme et sur l’attention que les scientifiques se devraient d’accorder aux croyances et aux témoignages populaires.

Des volcans et des hommes.
Une faille unira-t-elle Padjels et Rayols ?
Une veillée à Condas.
La ferme des Ouches, à Chaudeyrolles,
lieu-dit aligné sur la faille des maars de Saint-Front à Saint-Martial
(photo Jean-Marc Demars).

L’énigme de l’alignement rectiligne de sept lieues en sept lieues des quatre églises consacrées à Saint-Andéol, de Bourg Saint-Andéol à Saint-Andéol de Fourchades, était l’objet de l’attention soutenue des hôtes de Frère Maximilien-Marie, le truculent moine historien du hameau de Condas, à Saint-Martial, qui recevait le 20 février une dizaine de voisins du Mézenc pour l’une de ses remarquables veillées « Culture et Patrimoine ». L’architecte Jean Pestre, président de l’association de préservation du patrimoine bâti Oustaou Vellavi (http://oustaou.vellavi.free.fr/ ) est même monté de Vals-près-le-Puy par nos routes glacées pour l’occasion.

Frère Maximilien-Marie retraça l’histoire du diacre Andéol qui, au IIème siècle, vint évangéliser le Vivarais envoyé là par l’évêque de Smyrne, Polycarpe, disciple de Saint Jean. Martyrisé à Bergoïata –future Bourg Saint-Andéol- sur ordre de l’empereur romain Septime Sévère, sa dépouille fut jetée dans le Rhône puis repêchée par une fidèle qui la cachera dans un sarcophage.

Au IX ème siècle, probablement soucieux d’auréoler d’une dimension ‘mystique’ un pouvoir qui n’était plus uniquement spirituel mais qui s’était associé à un pouvoir temporel risquant de le compromettre, l’évêque Bernouin exhumera les restes de Saint Andéol pour fonder un mythe propre à la perpétuation de la foi chrétienne au sein des populations du Vivarais. Outre l’église de Bergoïata, trois lieux de culte furent consacrés à Saint Andéol en des coins où n’existaient pas de paroisses. Saint-Andéol de Berg, Saint-Andéol de Vals et Saint-Andéol de Fourchades doivent donc leur existence à la politique de l’évêque Bernouin.

Lors de la veillée de Condas, aucune hypothèse ne fut évoquée quant à l’équidistance de sept lieues qui sépare les quatre bourgs. Par contre, leur l’alignement rectiligne se trouve exactement dans l’axe des cratères d’explosion des maars de Saint-Martial, d’Echamps, à Borée, de Chaudeyrolles et de Saint-Front. Ces cratères sont parmi les volcans les plus jeunes du Vivarais, ce sont des gamins d’à peine plus de cent vingt mille ans. Certes, ils sont bien âgés au regard des nourrissons que sont la Vestide du Pal, le Chambon ou la Gravenne de Montpezat qui n’ont que quelques dizaines de milliers d’années et ne dorment encore que d’un œil.

Des phénomènes volcano-telluriques ou hydro-volcaniques, comme par exemple des variations localisées de champ magnétique, se manifestent-ils au long de la faille qui a permis les sorties de magma de nos maars alignés ? Seraient-ils la cause d’une consécration de tels lieux par les padgels contemporains des carolingiens ou par leurs ancêtres Celtes ? Cette faille court-elle jusqu’en terre rayole pour aboutir à Bourg-Saint-Andéol ? Ce sont là les hypothèses qui furent partagées le 20 février à Condas.

La veillée fut conclue par la décision de former immédiatement de petits groupes de recherche, qui se chargeant de la collecte des cartes géologiques, qui de fournir la liste des communes dont le territoire est traversé par cette ligne droite de 80 kilomètres, qui de prospecter sur le terrain des indices propres aux interrogations d’ordre géologique, religieux, historique ou culturel.

Quoi qu’il en soit de la cause de l’alignement des Saint-Andéol sur la faille tectonique qui a ouvert la voie au magma et qui, si on la prolonge jusqu’au Rhône, prend le département en bretelle du nord-ouest au sud-est, l’énigme est mobilisatrice pour partir à la recherche de mille et une facettes de notre patrimoine vivarois, en prenant cette cordelière des maars et des Andéol comme prétexte d’une activité culturelle et ludique de longue haleine qui pourrait marier les gens du bas et du haut Vivarais.

Frédéric Lavachery.

Les volcans vus par les collégiens de Bapaume, dans le Pas-de-Calais (suite)

le 2 février 2013 par Sylvie

Le vendredi 1er février, les 4 groupes de collégiens du Collège Carlin Legrand de Bapaume, dans le Pas-de-Calais, qui ont accepté de participer au concours proposé par leur professeur de SVT, M. Sénéchal, ont présenté au jury chargé de les départager, leur maquette de volcan. Chaque maquette était faite à partir d’un volcan précis et devait pouvoir simuler une éruption. Les élèves ont expliqué comment ils avaient réalisé leur maquette, quels produits ils allaient utiliser pour l’éruption. Ils ont présenté un diaporama pour parler du volcan dont ils s’étaient inspiré et le situer géographiquement. Les élèves étaient un peu impressionnés de parler devant la presse et devant les membres du jury. Presse et jury, quant à eux, ont été impressionnés par leur créativité et leur réalisation.

Voici d’abord les 4 groupes devant leurs volcans :

groupes devant leur volcan

Le groupe N°1  s’est inspiré de l’Etna :

Le volcan N°2 prend comme modèle le Stromboli :

Le groupe N°3 a réalisé la maquette du Piton de la Fournaise, et a obtenu la deuxième place.

Le groupe N° 4 a reproduit la Montagne Pelée. Leur éruption était plus compliquée à réaliser car il fallait qu’elle soit explosive. Sur la deuxième photo, on perçoit l’attente avant que le bouchon mis sur le cône du cratère soit projeté. Objectif atteint. C’est ce groupe qui a été déclaré vainqueur.

Tous ont été récompensés. Les premiers ont reçu deux livres, et tous ont eu un livre sur les volcans. Tous ont été chaleureusement applaudis.

Leurs maquettes vont être être exposées la semaine prochaine au réfectoire et il y aura une démonstration des éruptions vendredi 8 février.

Les maquettes seront conservées l’an prochain dans le cadre du projet sur le volcanisme mené par M. Sénéchal, Mme Leleu, professeur de Lettres Classiques et Mme Bertola, la documentaliste. D’autres maquettes seront réalisées pendant l’heure d’accompagnement éducatif et tout cela sera présenté à Frédéric Lavachery quand il viendra fin janvier 2014.

 

 

 

Contes et légendes du Mézenc, travail réalisé par Stéphanie Mazet, stagiaire au CHT

le 1 février 2013 par Sylvie

Stéphanie Mazet,  étudiante en BTS Gestion et Protection de la Nature en Bretagne, a effectué son stage cet été auprès du Centre Haroun Tazieff pour les sciences de la vie et de la terre à Chaudeyrolles en Haute-Loire (Auvergne). Elle a choisi  comme sujet les contes et légendes de la région du Mézenc. Suite à cela, elle a décidé d’en rendre compte dans un blog de façon à faire profiter à tous de ce qu’elle a appris.

Dans son blog, avant de parler des contes et légendes du Massif, elle présente d’abord Haroun Tazieff puis l’association Centre Haroun Tazieff.

Pour  découvrir les contes et  légendes  :  http://conteetlegendes.skyrock.com/

 

White Island (Nouvelle Zélande), article de Claude Grandpey, le 27 janvier 2013

le 28 janvier 2013 par Sylvie
  Une mesure des gaz au cours d’un survol de White Island le 25 janvier par des scientifiques du GNS a révélé des niveaux identiques à ceux de décembre 2012. Sur le terrain, les vigoureux bouillonnements continuent au niveau du lac dans le cratère et la sismicité reste élevée. Comme je l’indiquais précédemment, cette activité sismique est probablement liée à l’activité hydrothermale intense. Je pense personnellement que tant que la soupape – constituée par le dégazage du lac et les autres évents dans le cratère – continuera à bien fonctionner, le risque explosif restera faible.

Au cours de la campagne de mesures, on a relevé un flux de CO2 de 1,800 tonnes par jour, de SO2 de 366 tonnes par jour et de H2S de15 tonnes par jour. Ces valeurs correspondent à celles obtenues le 19 décembre 2012.
La presse néo-zélandaise explique qu’il est très difficile de faire des pronostics. Comme l’écrit un journaliste du Bay of Plenty Times, « en matière de volcans, il y a beaucoup d’incertitude….cela revient un peu à faire une prévision météo les yeux fermés ».
Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier qu’une éruption à White Island n’aurait pas d’effets dévastateurs et resterait limitée à l’île proprement dite. Il y aurait probablement des projections de roches dans le cratère et peut-être jusque dans la mer, comme cela s’est produit de temps en temps entre 1976 et 2000. Selon la direction du vent, il se peut qu’il y ait de faibles retombées de cendre sur le continent, ainsi qu’une odeur de soufre.
Il est toutefois rappelé aux visiteurs de White Island qu’une éruption peut se produire sans prévenir.

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/