Les apports de Tazieff

Haroun Tazieff fut, avec  Paul-Emile Victor et Jacques-Yves Cousteau, l’un des derniers grands explorateurs naturalistes du siècle dernier.

Pionnier de la volcanologie contemporaine et fondateur de la politique de prévention des risques naturels majeurs, il a d’emblée situé l‘une et l’autre au cœur de l’information et de l’éducation du grand public, écrivant à son intention de nombreux ouvrages de vulgarisation.

Cherchant dès le début des années 50 à constituer des équipes pluridisciplinaires pour l’étude des volcans actifs, il obtint le concours précieux du Commissariat à l’Énergie Atomique qui lui accordera dans les années 70 et 80 l’assistance de ses équipes de terrain, le CEA participant au programme de recherches coordonnées que Tazieff dirigeait comme directeur de recherches au CNRS et en tant que responsable des observatoires de surveillance volcanologique des départements d’Outre-Mer. 

Parmi ses découvertes et celles des équipes qu’il a constituées et conduites, on peut citer la mise en évidence de la faille axiale du fossé d’effondrement de la Mer Rouge, repérée lors de la première expédition du navire océanographique  « la Calypso » du Commandant Cousteau en 1952  ou celles des lacs de lave en fusion du Nyiragongo, au Congo, de l’Erta Ale en Éthiopie et de l’Erebus en Antarctique ou encore, avec les chercheurs du CEA de Grenoble, celle de corrélations entre des variations du champ magnétique terrestre local et le fonctionnement de la structure d’un volcan.

La découverte, en 1952, de la faille axiale de la Mer Rouge et l’exploration, en 1967 et 68, du fossé d’effondrement où se situent les volcans de la chaîne de l’Erta Ale, ont contribué à la validation de la théorie de la tectonique des plaques, démontrant que la Mer Rouge et la dépression de l’Afar, en Éthiopie, sont un océan en formation.

Premier scientifique à observer, décrire et interpréter les éruptions sous les bombardements de lave, Haroun Tazieff, en 1957 aux Açores, a découvert et expliqué le dynamisme très particulier des éruptions sous-marines qui sont de loin les plus nombreuses du globe.

Sur la Soufrière de la Guadeloupe, en 1976, Haroun Tazieff  et six des scientifiques qui étudiaient le réveil de ce volcan explosif,  sont restés 13 minutes sous un déluge de roches volcaniques froides expulsées par la vaporisation de l’eau imbibant la montagne mise en surpression par l’accumulation de chaleur émise par le magma profond. Une telle éruption, dite phréatique, caractérisée par l’absence de magma frais dans les éjectas, n’avait jamais été observée. Ils purent ainsi constater visuellement que le volcan était toujours dans un mode phréatique et non magmatique. C’est par l’étude systématique des éruptions au plus près des bouches à feu, au cours des années 50 à 70, qu’Haroun Tazieff et ses équipiers ont démontré que les gaz étaient le moteur des dynamismes éruptifs.

Au nom d’Haroun Tazieff sont associés de nombreux exploits tels que la première ascension d’un volcan en éruption au Congo en 1948, ou la même année, la première descente (à mains nues) dans un cratère occupé par un lac de lave bouillonnante,  ce qui lui valut l’interdiction administrative de revenir sur les volcans du Congo  de 1949 à 1958.

Parce qu’il a dû batailler trente ans durant pour que les volcanologues français étudient les volcans en éruption plutôt que les volcans éteints ou en sommeil, Haroun Tazieff fut fortement contesté par une partie de la communauté scientifique. Il l’est encore aujourd’hui. Il ne figure toujours pas dans les programmes d’enseignement et il reste pratiquement banni des références bibliographiques des publications scientifiques. 

L’association, le Centre Haroun Tazieff pour les sciences de la Terre,  s’attache à constituer en patrimoine l’héritage scientifique laissé par Haroun Tazieff. Située dans le Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche, à Chaudeyrolles et à Borée, sont siège social se trouve à la mairie d’Arette, dans les Pyrénées Atlantiques, parce qu’elle a été créée en 2008 à la Pierre-Saint-Martin, gouffre mythique pour tous les spéléologues à la suite de sa découverte et de son exploration en 1950, 51 et 52. Le nom de Tazieff est attaché à ce gouffre : il a filmé cette aventure qui établit le record de profondeur d’une exploration terrestre.  Un drame survint en 1952, le spéléologue Marcel Loubens est tombé au fond du gouffre aux pieds de Tazieff par la faute d’un treuil mal conçu. Cette épreuve terrible a fondé la sécurité des explorations Tazieff, notamment au lac de lave en fusion du Nyiragongo conduites à partir de 1957.  

Le Centre Haroun Tazieff pour les sciences de la Terre, agissant au plan national et européen, organise régulièrement des « journées Tazieff » lors desquelles sont proposés des expositions, des conférences, des ateliers scientifiques, des sorties de terrain etc. destinés à partager et diffuser le savoir acquis.

Une biographie d’Haroun Tazieff, sortira en avril 2014 aux éditions de l’Archipel, à l’occasion du centenaire de la naissance du volcanologue, dont les droits seront entièrement consacrés au développement de l’association.

Frédéric Lavachery, juin 2013