Le volcanisme intraplaque en Espagne: le Campo de Calatrava, article de Raymond Matabosch du 18 avril 2012

le 25 mai 2012 par Sylvie

Le Campo de Calatrava, ou Zone Volcanique de Calatrava, s’étend, des Monts de Tolède à la Sierra Morena, dans le bassin de la Mancha et compte 300 volcans.

 

Campo-de-Calatrava.JPG

Code 0100-04

Localisation: Latitude 38.87° Nord et Longitude 4.02° Ouest.

Cônes pyroclastiques, maars et dômes de lave, altitude 1117 mètres, La Mancha, Espagne.

 

La région volcanique du « Campo de Calatrava », aussi appelée « Provincia Volcánica de Calatrava », Province de Ciudad Real, Castilla-La Mancha, constitue, avec celle du « Campo volcánico de la Garrotxa », ou « d’Olot », Provinces de Gérone, de Lérida et de Barcelone, Catalogne, et celle de la « Área Volcánica de Cóbdar », aussi dénommée « Campo volcánico de Cabo de Gata » ; Province d’Almería, Andalousie, une des trois régions, au volcanisme récent, les plus importantes de la Péninsule Ibérique.

 

L’activité volcanique du « Campo de Calatrava. »

 

L’activité vulcanienne s’y est manifestée entre 8,7 millions d’années et 1,75 million d’années, du Tortonien, première époque du Miocène supérieur, aux prémices du Pléistocène inférieur. Bien que l’activité soit relativement récente, les appareils volcaniques sont, en général, ruinés et érodés. A l’Ouest et au Sud de Ciudad Real, des épanchements de laves, répandus à travers de la régions, transparaissent sur une étendue d’environ 60 kilomètres d’Est en Ouest et 80 kilomètres du Nord au Sud. D’autres émissions laviques et quelques restes de cônes sont disséminés, dans la zone méridionale du «Campo de Calatrava», sur la Sierra Madrona, à la limite des provinces de Ciudad Real, de Cordoue et de Jaen.

 

Le « Smithsonian Institution » et son Département des Sciences Minérales, au travers de son programme sur le volcanisme mondial, précise(1) que « le Campo de Calatrava, a connu une activité volcanique dominante du Pliocène Pléistocène inférieur. » Pourtant, il annote que la « dernière éruption phréatomagmatique qui s’est produite dans le cratère central du cône Columba, est datée, par le radiocarbone, du milieu de l’Holocène,3.600 ans avant J.C. ± 500 ans ». Enfin, il signale qu’une « activité fumerollienne a été enregistrée, dans le secteur de la Sierra de Valenzuela, du XVIe au XVIIIe siècles. »

 

La région volcanique miocène-pliocène du «Campo de Calatrava», localisation et situation.

 

L’aire naturelle du « Campo de Calatrava » se situe au centre de la province de Ciudad Real, sur le bord méridional de la Submeseta Sud occupée, en grande partie par la Mancha. Il est délimité, au Nord et Nord-Ouest, par les contreforts méridionaux des Monts de Tolède, au Sud par les Vallées d’Ojalién et d’Alcudia, au Nord-Est, par le plateau de « La Mancha », et, à l’Est par les terrasses collinaires du « Campo de Montiel ». Elle est arrosée par le fleuve Guadiana et ses affluents, le Tirteafuera, le Jabalón, et le Pellejero.

 

Les premières références concernant l’existence de cette région volcanique résultent des recherches géologiques et minières menées par Amalio Maestre, en 1836 et en 1844, et Joaquin Ezquerra Del Bayo, en 1844. En 1935, Francisco Hernández Pacheco dresse une étude géologique aux trois quarts morphologique, globale du « Campo du Calatrava », et analyse la distribution spatiale et les caractéristiques pétrologiques, volcanologiques et chronologiques des édifices volcaniques en place. En 1982, Eumenio Ancochea, vulcanologue et professeur à l’Université des Sciences de Madrid, en dresse l’étude systématique. Il synthétise toutes les données afférentes à cette région volcanique et en révise les aspects volcanologiques, géochronologiques et géochimiques. En cela, ses travaux permettent de connaître de nouveaux centres volcaniques.

 

La Province Volcanique de Calatrava.

 

La district éruptif a une superficie totale de 5.000 kilomètres carrés, et, au moins, 300 cônes basaltiques et pyroclastiques, maars et dômes de lave peuvent s’y dénombrer. Leur hauteur est comprise entre 550 mètres et 1.100 mètres et rares sont les élévations qui dépassent cette altitude. Les principaux édifices volcaniques se situent dans le bassin de la Guadiana autour de Ciudad Real, – Negrizal de Las Casas -, d’Almagro, – Yezosa -, d’Almagrassia, de Valverde, – Cabezo Segura et la lagune de La Posadilla -, de Daimiel, de Bolaños, d’Almodóvar del Campo, – Cerro -, de Puertollano, de Poblete, – le maar de La Hoya del Mortero -, de Valenzuela de Calatrava, – Cerro Gordo -, de Ballesteros de Calatrava, – Cabeza Parda, Atalaya -, et d’Almadén, – La Bienvenida et Cabezarados -.

 

Le volcanisme du « Campo de Calatrava » a pour origine un processus de rifting qui a avorté au cours des étapes initiales présidant à son développement. Et le volcanisme intraplaque s’y est matérialisé par l’émission, lors de trois phases éruptives bien définies, de magmas ultra-potassiques, alcalins et ultra-alcalins. De ce fait, les paysages volcaniques s’y différencient en fonction des types d’éruptions explosives, stromboliennes et/ou phréatomagmatiques, ayant généré des dépressions. Des cratères à fleur des marges, des caldeiras en fer à cheval taillées dans les socles coniques et des entonnoirs étroits et profonds alternent et s’essaiment sur toute la superficie de la « Province Volcanique de Calatrava. » Mais les appareils vulcaniens, coiffés de cratères amples et profonds, prédominent. Majoritairement, ils présentent de larges coulées pyroclastiques en forme des lobes, qui épousent les déclivités du relief.

 

Le degré de conservation de tous ces édifices volcaniques dépend de plusieurs facteurs : âge de l’éruption, nature du socle, forme originale du volcan, volume et composition de la matière éjectée, présence ou non d’anneaux de tuff, existence ou non de carrières minières… Aussi, les plus anciens appareils ayant eu une activité entre entre 8,7 et 6,4 millions d’années, au centre de la région volcanique, sont arasés, érodés ou ruinés alors que les cônes les plus récents, avec un volcanisme alcalin et ultra-alcalin, ayant connu des éruptions après 3,7 Millions d’années, exclusivement en périphérie, sont en bon état de préservation  .

 

18 Avril 2012 © Raymond Matabosch

Blog : http://www.66270rosesetepines.com/

 

Notes.


(1)
Smithsonian Institution, Global Volcanism Program. Éruptions historiques du Calatrava Volcanic Field.