Le lac Pavin : les eaux maléfiques ou miraculeuses racontent-elles le volcanisme ? D’Haroun Tazieff à Thierry del Rosso, une approche naturaliste et culturelle de la volcanologie. Le chercheur Michel Meybeck plonge dans nos lacs volcaniques, article de Frédéric Lavachery

le 2 mars 2013 par Sylvie

Michel Meybeck est le directeur du Laboratoire de Géologie Appliquée Sisyphe, à l’Université Paris VI. Dans le magazine auvergnat d’information critique La Galipote, en son numéro 127 de janvier 2013, ce chercheur du CNRS expose en douze pages la fécondité d’une approche du volcanisme qui intègre les récits anciens relevant soit du savoir populaire soit des observations d’érudits et de naturalistes oubliés depuis des siècles.

Ses recherches s’appuient sur les recherches récentes de l’hydrogéologue Thierry del Rosso et du géologue Pierre Lavina qui ont découvert, entre 2004 et 2008, que le système volcanique du Pavin-Montchal-Moncinyere a connu une activité éruptive en des temps historiques, ce qui devrait révolutionner l’enseignement de nos universités au sujet du volcanisme des Monts Dore et du Cézallier. Sauf que les facultés universitaires rejettent les hypothèses de del Rosso et Lavina et contestent la validité de leurs analyses d’échantillons.

Sommé d’asséner la preuve de la preuve de la preuve de ces découvertes, Thierry del Rosso a eu l’idée d’associer les sciences humaines à l’interprétation des faits qu’il a relevés avec Pierre Lavina. C’est ainsi qu’il est allé à la recherche des contes et légendes relatifs aux cratères nés de la rencontre explosive du magma et de l’eau, les « maars ». Et l’histoire du lac Pavin s’en est trouvée éclairée d’une lumière neuve sortie des récits anciens.

Michel Meybeck s’est engagé résolument sur la voie ouverte par del Rosso.

« … sur icelle montaigne y a un grand gouffre duquel il sort ordinairement une grande fouldre de gresle et de tonnerre, qui gatste les bledz des vallées » écrivait Abel Jouan, chroniqueur du roi Charles IX, lors de sa visite en Auvergne en 1566.

Comme Thierry del Rosso, Michel Meybeck rapproche de tels récits de ceux qui furent recueillis par François Le Guern, volcanologue compagnon d’Haroun Tazieff, au lendemain de la catastrophe du lac Nyos, au Cameroun, d’où une énorme quantité de gaz carbonique a jailli pour tuer 1800 personnes en 1986. Une autre membre des équipes Tazieff dépêchée sur place fin 86-début 87, l’hydrogéologue et chimiste volcanologue Rose-Marie Chevrier, y a entendu une nuit « des bruits de tonnerre ressemblant à des ‘bangs’ d’avions supersoniques, accompagnés d’éclairs. En outre, poursuit Michel Meybeck rapportant ce récit de Rose-Marie Chevrier, ont été observées des remontées de traces ferrugineuses… une caractéristique que l’on retrouve dans le « Manuscrit Godivel » à propos du Pavin. »

François Le Guern, en 2009, vint sur les lieux des découvertes de del Rosso et Lavina. Après avoir relevé les débits de gaz carbonique en quelques endroits désignés par Thierry del Rosso, il conclut sans l’ombre d’une hésitation « c’est un volcan actif ». Le Guern, qui nous a quitté il y a bientôt deux ans, était le volcanologue le plus expérimenté de la Planète.

Meybeck rapproche en outre « ce qui se passe au Pavin au XVIème siècle (…) et le pèlerinage de Vassivière. En effet, pourquoi a-t-on organisé, à partir du milieu du XVI ème siècle, un pèlerinage en pleine montagne? …Et pourquoi, avant même les miracles attribués à la Vierge de Vassivière et la construction d’une chapelle, existait-il en ce lieu, situé à moins de trois kilomètres en amont du Pavin, un oratoire -« le seignadou »- devant lequel les gens se signaient lorsqu’ils empruntaient la route conduisant de Besse à la Tour d’Auvergne? S’ajoute à cela la nature des miracles qui y ont été observés pendant des dizaines d’années (…) Or, lorsqu’on en fait l’inventaire, beaucoup d’entre eux, à l’évidence, s’apparentent aux symptômes ressentis ou subis par les populations du lac Nyos tels qu’ils ressortent des témoignages. Il y a ainsi beaucoup d’affections des yeux liées aux éclairs ou aux gaz, beaucoup de pertes de vue, de contusions s’y rapportant… « 

Ce dossier de La Galipote s’ouvre sur un plaidoyer de Michel Meybeck pour que l’on reconnaisse en nos lacs de volcans un patrimoine exceptionnel et qu’on le préserve par la recherche scientifique. « Prenez la Godivelle d’En-Haut, c’est une cuvette de 44 mètres de profondeur qui contient quasiment de l’eau disitillée (…) Chambédaze et Bourdouze sont eux des lacs résiduels de tourbières, mais leur valeur scientifique est immense (…) Sont archivés dans leurs tourbes tous les climats depuis 10000 ans, et les chercheurs spécialisés en paléo-limnologie du monde entier s’y succèdent. »

Ainsi en va-t-il de nos lacs et tourbières du haut Vivarais et du Velay volcaniques. Et les Hautes Boutières recèlent nombre de mystères telluriques que les scientifiques n’ont qu’à peine effleurés.

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