L’écotourisme et la vie quotidienne en montagne : un projet local pour Mountain Wilderness sur le massif du Mézenc-Gerbier?

Il soufflait sur ces hauteurs un vent aigu dont l’aile avait  touché le front neigeux des Alpes, vif à tuer les faibles et à rendre centenaire les forts. » Jules Vallès, souvenirs d’un enfant à Chaudeyrolles.

 

Wilderness et biodiversité sont les filles d’un hiver de six mois, en ces hautes terres des confins du Vivarais et du Velay, pays de la burle où la neige ne tombe qu’à l’horizontale. Peu de massifs connaissent un habitat traditionnel permanent au-dessus de 1200 m. Les investissements destructeurs, agricoles, industriels ou touristiques n’y ont pas encore eu raison des équilibres d’une biodiversité dont l’homme est un acteur particulièrement dynamiques. Cela ne durera pas. Déjà les perspectives juteuses offertes par la réforme radicale de la Politique Agricole Commune ouvrent l’appétit des exploitants les plus prospères. En face, et vu du terrain, d’autres opérateurs de la politique européenne, tels les gestionnaires de Natura 2000, semblent les seuls qui agissent avec cohérence et efficacité pour contenir la marée vert-dollars de l’agro-industrie de montagne. Mais voilà, Natura 2000 Haute-Loire et Natura 2000 Ardèche s’ignorent. Gérées par les collectivités territoriales jalousent de leurs privilèges et prérogatives garantis par la démocratie passive des fiefs électoraux, l’une travaille le versant est-sud-ouest du Mézenc, l’autre sa face ouest-nord-est.

 

Le plus gros handicap de la wilderness, de la biodiversité, de la montagne sauvage et à vivre ne serait-il pas que ces concepts restent extérieurs au tissu social et culturel local ?

 

L’écotourisme, avatar des quatre, pourrait-il y changer quoi que ce soit ? C’est la conscience forte de l’identité du massif par sa population permanente qui sera le meilleur allié de la burle contre les ravages de la spéculation financière. L’écotourisme en sera l’un des outils, l’un des vecteurs, par la réciprocité, l’échange, le brassage des connaissances, des éducations, des pratiques…

 

Les filières de production et de commercialisation de qualité en seront un autre, les synergies associatives et de collectivités publiques un troisième. Quels que soient les domaines de l’action, tout interagit. Sur le Mézenc, l’AOC bovine du Fin Gras, délimitée par l’étendue des champs de basalte d’altitude sous climat continental et méditerranéen, couvre 28 communes, 8 communautés de communes, deux départements, deux Régions, un Parc Naturel Régional. Issue d’une tradition millénaire qui intègre pratiquement toutes les richesses patrimoniales du massif, naturelles et culturelles, la filière du Fin Gras est la fille d’un mariage prometteur entre associations et collectivités territoriales. Mariage de raison ou mariage d’amour ? Quoi qu’il en soit, le torchon brûle… et la spéculation reprend vigueur, menace mortelle pour le patrimoine intégré dans la toute jeune AOC. L’avènement et le développement de communautés de communes qui doivent s’affirmer dans le paysage institutionnel et les perspectives de bouleversement des bassins d’élections pour les postes de pouvoirs, de pouvoirs délégués et du marché des chargés de mission, avec les incidences à prévoir sur les circuits de collectes de subventions, tout cela n’est pas bon pour la wilderness, la biodiversité, la montagne sauvage et à vivre.

 

L’expertise précieuse de Mountain Wilderness, confrontée à un terrain nouveau fertilisé de longue date par quelques associations comme les Amis du Mézenc, Mézenc-Gerbier, Mézenc-Pulsions et quelques Offices de tourisme, ne pourrait-elle trouver ici de quoi se remettre en question et s’ouvrir de nouveaux horizons ?

 

Ces enjeux, le Centre Haroun Tazieff pour les Sciences de la Terre, pôle de ressources pour les acteurs locaux, souhaiterait ardemment pouvoir les travailler sur le terrain avec Mountain Wilderness pour l’implantation en Ardèche et Haute-Loire d’une délégation qui soit le fruit d’une élaboration commune. Les débats de l’assemblée générale en ont offert le cadre conceptuel, il y manque encore une volonté pratique.

 

Frédéric Lavachery,

Centre Haroun Tazieff pour les Sciences de la Terre, Fay-sur-Lignon, le 30 juillet 2010.