Hommage à Rose-Marie Chevrier, article de Sylvie Leleu et de Marcel Bof

le 10 septembre 2014 par Sylvie

A la fin de mois de juillet 2014, nous apprenions le décès de Rose-Marie Chevrier qui a fait partie des équipes Tazieff. La plupart d’entre nous, dont je fais partie, n’avons malheureusement pas pu faire sa connaissance mais certains membres et anciens compagnons de Tazieff ont eu le bonheur de travailler avec elle ou de la côtoyer. Ce fut le cas de Jean-Christophe Sabroux, Jacques Varet, ou encore Marcel Bof qui faisait partie de l’équipe présente à la Soufrière en 1976 en Guadeloupe.

Image1 Rose-Ma sur les murailles du fort Saint Charles à Basse Terre, Guadeloupe, en arrière plan, la Soufrière. 1976 (Photo Marcel Bof)

Rose-Marie Chevrier a d’abord été chimiste au CNRS de 1960 à 1970 puis elle est devenue  ingénieur géologue  après une formation au  Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) où elle a exercé comme chargée de cours avant d’obtenir un poste de maître de conférence à la chaire de Génie Géologie du CNAM.

Comme elle le racontait à Jean Lacouture qui l’interrogeait pour le livre de témoignages que France Tazieff et lui ont écrit  « Une vie de feu » aux Editions Glénat, elle rêvait  de travailler avec Tazieff depuis qu’elle avait vu son film « Les Rendez vous du diable ». Grâce à l’intervention d’amis qu’ils avaient en commun, elle reçut une lettre d’Haroun Tazieff la conviant à une réunion de travail. A peine arrivée, immédiatement Garouk la surnomme Rose-Ma (Rose-Marie lui dit-il c’est trop long). De même, elle s’adresse à François le Gern en l’appellant par son surnom « Fanfan » ; celui-ci lui donne d’ailleurs immédiatement une caisse d’ampoules à analyser. Tout de suite, elle est accueillie dans l’équipe et d’emblée, la confiance est là. C’est ainsi que fonctionnait Haroun Tazieff, accordant de suite sa confiance. Malheur à qui le décevait !

Ainsi Rose-Marie fit son baptême du feu à l’Etna en janvier-février 1976. D’ailleurs, Haroun Tazieff, Pierre Bichet, François le Gern lui ont signé un certificat : « Nous soussignés, certifions que Rose-Ma a, du 24 janvier au 5 février 1976, subi les redoutables épreuves du volcan Etna, avec montée, séjour en igloos, altitude, froid, coulées de lave, inconfort, avec résistance et avec le sourire. Fait pour servir de témoignage pour l’histoire de la volcanologie » (Une vie de feu de France Tazieff et de Jean Lacouture p 81). Rose-Marie était appréciée pour la qualité de son travail, de ses analyses chimiques mais aussi pour sa gentillesse et sa discrétion.

Elle a donc fait partie de l’équipe qui a vécu de manière intense la crise de la Soufrière puisqu’elle était sur place et y est restée en l’absence de Garouk. Comme le raconte Frédéric Lavachery dans son livre « Un volcan nommé Haroun Tazieff« , tous les matins, Rose-Marie grimpait au sommet pour y prélever des échantillons de gaz et d’eau. Une à deux heures après son retour au laboratoire, les analyses étaient achevées. Sa mission consistait aussi à analyser l’air, l’eau et les gaz aux abords des villages. Dans l’affaire de la Soufrière qui a opposé Tazieff et Allègre, le 13 août 1976, elle a clairement dit que,  dans l’analyse des cendres, il n’y avait pas de verre volcanique frais mais  du vieux matériel volcanique. Il y avait certes une activité phréatique accrue mais sans changement de phase.

Image2Dans le laboratoire de chimie, au Fort Saint Charles avec Jean Pierre Viodé, alors directeur de l’Observatoire de Volcanologie de Martinique en 1976. (Photo Marcel Bof)

En dépit des  menaces sur l’équipe et l’éviction de Tazieff, l’équipe présente auprès de lui pendant cette crise est restée à ses côtés par la suite.

Quant à Rose-Marie Chevrier, elle fut avec Jacques Labeyrie, Marcel Bof, Jean-Christophe Sabroux, Jacques Varet, François le Gern, Gérald Ernst Frédéric Lavachery, Pierre Casabonne et Pierre Bouillon un des membres fondateurs du Centre Haroun Tazieff le 13 juillet 2008 à Arette.

(Sylvie Leleu, le 10 septembre 2014)

Rose-Ma et sa grande discrétion par Marcel Bof

J’ai rencontré Rose-Ma à l’Etna lors de la campagne de juin 1976. Je l’ai retrouvée en août de la même année à la Soufrière de Guadeloupe. Là, je l’ai un tout petit mieux connue.C’était une personne souriante et réservée.

Lorsqu’il y a eu, à la Soufrière, cette polémique sur la présence ou non de verre frais dans les cendres, elle a toujours donné son opinion, à savoir qu’il n’y en avait pas, sur un ton calme, serein mais parfaitement assuré : elle était sûre d’elle-même. Elle a expliqué pourquoi il ne pouvait pas y en avoir, ce que représentaient les particules, mais n’en faisait pas étalage, contrairement à d’autres qui répandaient leurs erreurs dans les conférences de presse.
Juste avant l’évacuation elle a parfaitement décrit son point de vue au Préfet, analyses à l’appui, à savoir qu’il n’y avait aucun danger immédiat, opinion qu’elle a réitérée à la conférence de presse quand la question lui fut posée.

Image5Rose-Ma et Yeti lors de prise de gaz au Col de l’Echelle à la Soufrière de Guadeloupe. 1976. (Photo Marcel Bof)

Rose-Ma, Ingénieur chimiste au CNAM, passée à la volcanologie par Garouk, s’est beaucoup investie sur les volcans, je crois qu’elle était réellement passionnée par ce travail. Elle mit beaucoup de cœur à cet ouvrage avec sa compétence et sa forme physique.

Après le décès de Garouk, elle fut très proche de France Tazieff. C’est à cette époque où nos échanges s’intensifièrent un peu et où j’ai connu une Rose-Ma avec de l’humour et pouvant bavarder pendant des heures.

(Marcel Bof, le 10 septembre 2014)