Eruption du Maya le 7 mai 2013, 5 randonneurs ont trouvé la mort, article de Claude Grandpey sur les questions que cela pose.

le 9 mai 2013 par Sylvie

5 randonneurs ont été tués et au moins 7 autres ont été gravement blessés le 7 mai 2013 près du cratère du Mayon (Philippines) quand il a projeté d’énormes blocs et de la cendre aux premières heures de la matinée. Le volcan traversait une période calme et les 20 randonneurs du groupe ont été surpris par une explosion aussi soudaine que violente. C’est la première éruption de ce volcan depuis trois ans.
Les randonneurs décédés ont été frappés par d’énormes rochers qui, selon un guide, étaient « gros comme la salle de séjour d’une maison ». Parmi les morts figurent un Allemand, un Autrichien et un Philippin. Les blessés comprennent des étrangers et les guides philippins. Certains sont dans un état critique.

Le niveau d’alerte n’a pas été relevé après la dernière éruption et aucune évacuation n’est prévue.

Ce type d’événement n’a rien d’exceptionnel sur un volcan actif où l’on observe parfois la libération soudaine et violente d’une poche de gaz qui s’est accumulé sous le sommet. J’ai eu l’occasion d’assister à ce phénomène sur l’Etna en période calme. J’ai vu le plancher de la Voragine se soulever sous la pression des gaz avant de produire deux grosses explosions qui ont projeté des blocs au-delà de la lèvre du cratère.

Dans le cas du Mayon, le PHILVOCS indique qu’il s’agit d’une éruption phréatique provoquée par le contact entre l’eau – il avait beaucoup plu aux Philippines avant l’accident – qui est entrée en contact avec la lave à haute température. Cet événement n’est pas sans rappeler l’éruption phréatique à la Soufrière de la Guadeloupe en 1976. Elle est décrite par Haroun Tazieff dans plusieurs ouvrages comme Volcans (Ed. Bordas, 1996)  où Garouk s’attarde sur « l’affaire de La Soufrière ».

L’éruption du Mayon conduit à se demander pourquoi les touristes locaux et étrangers ont été autorisés à se rendre à proximité du volcan, en sachant qu’il existe une zone de danger permanent de six kilomètres autour de ce dernier.
L’activité de randonnée autour du Mayon est habituelle pendant l’été et certaines agences de voyages s’en servent pour promouvoir le tourisme local. Alors que ces dernières sont autorisées à organiser des sorties sur le Mayon, il y a aussi des habitants de la région qui gagnent leur vie en servant de guides pour les touristes locaux et étrangers.
Le Président des Philippines a immédiatement ordonné une enquête pour savoir pourquoi les touristes ont été autorisés à entrer dans la zone de danger permanent autour du volcan. Préoccupé par la sécurité des personnes, il a demandé aux autorités concernées de se renseigner sur les «paramètres» de la zone où existent les restrictions d’accès. La presse philippine indique qu’il a été demandé aux gouvernements locaux de renforcer les mesures de sécurité autour du volcan. Il est reproché aux agences de voyages d’embaucher (comme ce fut le cas le 7 mai) des guides non accrédités par le Ministère du Tourisme. De plus, les randonneurs victimes de l’éruption ne possédaient pas les autorisations d’ascension du volcan délivrées par le Department of Environment and Natural Resources (DENR).

La dernière éruption meurtrière du Mayon avait eu lieu en février 1993. 77 personnes avaient alors perdu la vie. Cette éruption est décrite dans mon livre « Killer Volcanoes – Eruptions meurtrières des temps modernes ».

 

Claude Grandpey

Vice-Président de L.A.V.E .