Du lac Pavin à l’alignement des « Saint-Andéol » : l’eau support de l’histoire du volcanisme ? Une nouvelle recherche s’engage ! article de Frédéric Lavachery

le 2 mars 2013 par Sylvie
La veillée « Culture et Patrimoine » organisée le 20 février au hameau de Condas, à Saint-Martial, par Frère Maximilien-Marie, inaugure un champ de recherches sur la faille tectonique qui, d’une cicatrice rectiligne, balafre l’Ardèche depuis le lac de Saint-Front, en Haute-Loire, jusqu’à Bourg Saint-Andéol , sur le Rhône.A point nommé, le magazine La Galipote, en son numéro 127 de janvier 2013, consacre un dossier de douze pages aux découvertes récentes d’un volcanisme actif au coeur du Massif central, autour du lac Pavin, dans le massif des Monts Dore.

A point nommé, d’abord parce que ce dossier stimule la curiosité pour la recherche en Vivarais sur les liens entre manifestations telluriques et religieuses au fil des âges, curiosité que traduit le programme d’exploration de terrain que le Centre Haroun Tazieff inaugurera cette année avec des spécialistes des sciences de la terre (ce ne sont pas des terrassiers) et de l’histoire des religions.

A point nommé parce que le complexe volcanique du lac Pavin couronne un chapelet d’une douzaine de lacs volcaniques exceptionnels pour la diversité de leurs richesses naturelles, patrimoine unique en Europe, voir au monde, patrimoine ignoré, alors que la Chaîne des Puys est candidate au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette candidature est une chance pour les volcans remarquablement méconnus du Massif central, à commencer par ceux qui abritent ces lacs du Cézallier et ceux qui enchantent nos paysages du Velay et du Vivarais. A nous, gens du Mézenc, de faire de cette candidature du Puy-de-Dôme un levier fédérateur pour tous les massifs volcaniques de l’Hexagone. « Montagne, Ouvre-toi! »

A point nommé parce que le Centre Haroun Tazieff, dans la perspective du centenaire en 2014 de la naissance du fondateur de la volcanologie moderne, pourra s’appuyer sur les travaux des scientifiques cités dans la Galipote, Thierry del Rosso, Pierre Lavina et Michel Meybeck, pour démontrer la pleine actualité des recherches conduites par Tazieff, notamment au sujet des volcans qui ont marié l’eau et le feu comme le Pavin, le maar de Borée ou le lac d’Issarlès mais aussi sur l’approche pluridisciplinaire du volcanisme et sur l’attention que les scientifiques se devraient d’accorder aux croyances et aux témoignages populaires.

Des volcans et des hommes.
Une faille unira-t-elle Padjels et Rayols ?
Une veillée à Condas.
La ferme des Ouches, à Chaudeyrolles,
lieu-dit aligné sur la faille des maars de Saint-Front à Saint-Martial
(photo Jean-Marc Demars).

L’énigme de l’alignement rectiligne de sept lieues en sept lieues des quatre églises consacrées à Saint-Andéol, de Bourg Saint-Andéol à Saint-Andéol de Fourchades, était l’objet de l’attention soutenue des hôtes de Frère Maximilien-Marie, le truculent moine historien du hameau de Condas, à Saint-Martial, qui recevait le 20 février une dizaine de voisins du Mézenc pour l’une de ses remarquables veillées « Culture et Patrimoine ». L’architecte Jean Pestre, président de l’association de préservation du patrimoine bâti Oustaou Vellavi (http://oustaou.vellavi.free.fr/ ) est même monté de Vals-près-le-Puy par nos routes glacées pour l’occasion.

Frère Maximilien-Marie retraça l’histoire du diacre Andéol qui, au IIème siècle, vint évangéliser le Vivarais envoyé là par l’évêque de Smyrne, Polycarpe, disciple de Saint Jean. Martyrisé à Bergoïata –future Bourg Saint-Andéol- sur ordre de l’empereur romain Septime Sévère, sa dépouille fut jetée dans le Rhône puis repêchée par une fidèle qui la cachera dans un sarcophage.

Au IX ème siècle, probablement soucieux d’auréoler d’une dimension ‘mystique’ un pouvoir qui n’était plus uniquement spirituel mais qui s’était associé à un pouvoir temporel risquant de le compromettre, l’évêque Bernouin exhumera les restes de Saint Andéol pour fonder un mythe propre à la perpétuation de la foi chrétienne au sein des populations du Vivarais. Outre l’église de Bergoïata, trois lieux de culte furent consacrés à Saint Andéol en des coins où n’existaient pas de paroisses. Saint-Andéol de Berg, Saint-Andéol de Vals et Saint-Andéol de Fourchades doivent donc leur existence à la politique de l’évêque Bernouin.

Lors de la veillée de Condas, aucune hypothèse ne fut évoquée quant à l’équidistance de sept lieues qui sépare les quatre bourgs. Par contre, leur l’alignement rectiligne se trouve exactement dans l’axe des cratères d’explosion des maars de Saint-Martial, d’Echamps, à Borée, de Chaudeyrolles et de Saint-Front. Ces cratères sont parmi les volcans les plus jeunes du Vivarais, ce sont des gamins d’à peine plus de cent vingt mille ans. Certes, ils sont bien âgés au regard des nourrissons que sont la Vestide du Pal, le Chambon ou la Gravenne de Montpezat qui n’ont que quelques dizaines de milliers d’années et ne dorment encore que d’un œil.

Des phénomènes volcano-telluriques ou hydro-volcaniques, comme par exemple des variations localisées de champ magnétique, se manifestent-ils au long de la faille qui a permis les sorties de magma de nos maars alignés ? Seraient-ils la cause d’une consécration de tels lieux par les padgels contemporains des carolingiens ou par leurs ancêtres Celtes ? Cette faille court-elle jusqu’en terre rayole pour aboutir à Bourg-Saint-Andéol ? Ce sont là les hypothèses qui furent partagées le 20 février à Condas.

La veillée fut conclue par la décision de former immédiatement de petits groupes de recherche, qui se chargeant de la collecte des cartes géologiques, qui de fournir la liste des communes dont le territoire est traversé par cette ligne droite de 80 kilomètres, qui de prospecter sur le terrain des indices propres aux interrogations d’ordre géologique, religieux, historique ou culturel.

Quoi qu’il en soit de la cause de l’alignement des Saint-Andéol sur la faille tectonique qui a ouvert la voie au magma et qui, si on la prolonge jusqu’au Rhône, prend le département en bretelle du nord-ouest au sud-est, l’énigme est mobilisatrice pour partir à la recherche de mille et une facettes de notre patrimoine vivarois, en prenant cette cordelière des maars et des Andéol comme prétexte d’une activité culturelle et ludique de longue haleine qui pourrait marier les gens du bas et du haut Vivarais.

Frédéric Lavachery.