Commentaire de Claude Grandpey sur son blog à propos de la vidéo sur l’éruption de l’Etna du 14/04/2012

le 19 avril 2012 par Sylvie

Une coulée pyroclastique sur l’Etna? Pas si sûr!

Pendant le 21ème paroxysme de l’Etna, le 4 mars vers 9h45 (heure locale), on a pu voir sur l’image de la webcam EtnaTrekking une fracture s’ouvrir dans l’espace qui sépare le Cratère SE des premières pentes de la Bocca Nuova. Au contact de la neige qui recouvrait cet endroit, la lave a tout d’abord fait naître un panache de vapeur qui, en grossissant, a commencé à glisser le long de la pente en donnant un spectacle particulièrement fascinant.

Etna PF.jpg

Dans ma note du lendemain, j’indiquais un lien vers une vidéo montrant ce que j’appelais « une coulée pyroclastique ».  Je n’étais d’ailleurs pas le seul, car d’autres sites volcaniques utilisaient cette expression, y compris le titre de la vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=aXbzbPlnAF4&feature=pl…

En repensant à cette scène magnifique, je me dis que le terme « coulée pyroclastique » n’était pas approprié. Si l’on se réfère à l’une des définitions d’une coulée pyroclastique, on se rend compte qu’il s’agit d’un « mélange à haute température (plusieurs centaines de degrés Celsius) de gaz volcaniques, de vapeur d’eau et de particules solides dues à un processus de fragmentation magmatique en cours,  relativement dense, qui s’écoule à grande vitesse (au départ à plusieurs centaines de km/h) au voisinage du sol, fortement soumis à la gravité et guidé par la topographie du terrain. Ce type d’écoulement résulte souvent de l’effondrement d’un panache volcanique ».

Cette définition ne correspond pas au phénomène observé sur l’Etna. Il n’y avait que très peu, voire pas, de particules produites par une fragmentation magmatique. Les particules qui se mêlaient à la vapeur d’eau provenaient essentiellement de dépôts présents au sol depuis longtemps. Ces nuages sombres de particules ne sont d’ailleurs apparus que vers la fin de l’épisode. Le mécanisme de formation de cette coulée n’était donc pas ‘pyroclastique’ ; il était surtout ‘phréatomagmatique’, avec interaction de la lave et de l’eau générée par la fonte de l’épaisse couche de neige ou de glace. Il est même probable que la partie inférieure de ladite coulée ressemblait davantage à un lahar. Si l’on avait pu introduire un thermomètre dans le panache, il n’aurait pas révélé une température élevée, contrairement à celle des vraies coulées pyroclastiques, comme celle qui a tué les Krafft sur l’Unzen au Japon. Enfin, la vitesse de progression du nuage de vapeur n’était pas très rapide, probablement quelques dizaines de km/h.

Il en va de même des coulées de lave dans la Valle del Bove. Au contact de la neige encore présente en cette saison, elles font s’élever des nuages de vapeur. Certains parlent là encore de coulées pyroclastiques, mais c’est inexact, même si, vus latéralement, ces phénomènes ressemblent physiquement  – en taille réduite- à des coulées pyroclastiques.

Pour les raisons énumérées ci-dessus, Boris Behncke (INGV Catane) trouvait lui aussi inappropriée l’appellation « coulée pyroclastique » pour définir l’épisode du 4 mars. Je pense personnellement qu’il serait préférable d’utiliser des expressions telles que « pseudo coulée pyroclastique » ou simplement « coulée phréatomagmatique ».

Imaginons l’ouverture de la fracture entre le cône SE et la pente de la Bocca Nuova au cœur de la saison estivale quand la neige a disparu. Q’aurions-nous vu ? Tout simplement une coulée de lave s’échapper d’une nouvelle fracture et parcourir quelques centaines de mètres vers l’aval. Il n’y aurait pas eu de panaches de vapeur, juste quelques nuages signalant le dégazage de la coulée.

Une vraie coulée pyroclastique, c’est autre chose, comme on peut s’en rendre compte sur cette photo du Mayon (Philippines) prise le 15 septembre 1984:

Mayon-blog.jpg
Blog de Claude Grandpey : http://volcans.blogs-de-voyage.fr/