Biographie

Haroun Tazieff ( 1914-1998)

Tazieff02( photo CHT)

Personnage médiatique, il a été l’un des pères de la volcanologie contemporaine et un pionnier de la communication entre les volcanologues et le grand public. Il a démontré la nécessité d’expéditions pluridisciplinaires sur les volcans actifs et les volcans en éruption. Avec les collaborateurs qu’il s’est choisis au long de quarante années d’expéditions, il a développé la recherche sur le rôle des gaz dans les dynamismes éruptifs, sur la présence d’eau dans les magmas, sur le volcanisme sous-marin, sur les techniques de mesure des variations de champ magnétique en liaison avec l’activité éruptive, sur l’observation directe de la dérive des continents, sur les échanges de masses et d’énergie entre les appareils volcaniques et l’atmosphère. Il a largement contribué à révolutionner une science qui n’était guère reconnue sinon quasiment inconnue en Belgique et oubliée en France.

Haroun Tazieff est né le 11 mai 1914 à Varsovie (en Russie tsariste à l’époque), d’un prince tatar, officier médecin dans le corps de la Division Sauvage, mort au front en 1914.  Sa mère, Zénitta, chimiste et docteur en sciences politiques, était une femme au caractère très fort, douée d’une remarquable intelligence et d’une grande culture. Ils émigrèrent en Belgique en 1921. De caractère spontané et exubérant, sa mère lui inculqua discipline et rigueur, qualités qu’il développera par la pratique intensive de la boxe. Pratiquant le rugby avec passion, ce sont l’alpinisme et la spéléologie dont il était féru qui lui furent les plus utiles pour ses explorations de cratères inviolés de volcans actifs sur tous les continents.  Sous l’Occupation allemande, tout comme sa mère, il fut très actif au sein de la Résistance : sabotages de voies ferrées, aides aux familles juives.

Tazieff alpiniste solitaireHaroun Tazieff, un alpiniste hors pair.  (photo CHT)

Il fut envoyé après la guerre, comme prospecteur minier au Katanga. En effet, il avait obtenu en 1938 à la faculté de Gembloux un diplôme d’ingénieur agronome. Pendant la guerre, il poursuivit  des études de géologie et de minéralogie à Liège.  Très vite, il se fit remarquer et se mit à dos sa hiérarchie. Une des caractéristiques du personnage, c’était  son franc-parler et son refus des compromissions. Sa rencontre avec le Kituro, volcan du Kivu dont il observa au plus près la première éruption, décida de l’orientation de sa vie, il laissa de côté sa carrière d’ingénieur –il  ne sera jamais carriériste- pour vivre une vie d’aventure et parfaire la connaissance du monde fascinant et méconnu des volcans en éruption.

En 1951, invité comme cameraman de l’extrême au sein de l’équipe Lépineux de spéléologues qui découvrit et explora le gouffre de la Pierre-Saint-Martin, dans les Pyrénées Atlantiques, alors le gouffre le plus profond jamais découvert, il y fit la connaissance du physicien Jacques Labeyrie avec lequel il développera la recherche en volcanologie au CNRS.  En 1952, par la faute d’un treuil mal conçu, la deuxième exploration du gouffre fut fatale au grand spéléologue Marcel Loubens, qui chuta aux pieds de Tazieff. Après ce drame, il eut encore plus à cœur d’assurer la sécurité de ses équipiers. La même année, il explora les fonds marins de la Mer Rouge avec le commandant Cousteau, à bord de la Calypso.

Parmi ses découvertes et celles des équipes qu’il a formées et conduites, on peut citer la mise en évidence, avec les chercheurs du CEA de Grenoble, des corrélations entre ascension du magma et micro variations du champ magnétique local,  celle de la faille axiale du fossé d’effondrement de la Mer Rouge, repérée lors de la première expédition du navire océanographique  « la Calypso » du Commandant Cousteau en 1952  ou celles des lacs de lave en fusion du Nyiragongo, au Congo.

Premier scientifique à observer les éruptions sous les bombardements de lave, Haroun Tazieff, en 1957 aux Açores, a découvert et expliqué le dynamisme très particulier des éruptions sous-marines qui sont de loin les plus nombreuses du globe.

En 1959, il réalisa son 1er long métrage « les Rendez-vous du diable ». Il souhaitait d’une part vulgariser auprès du grand public ses découvertes et surtout financer ainsi ses travaux. Cette démarche inhabituelle mais conseillée par Paul-Emile Victor, fut jugée suspecte dans le monde de la recherche scientifique. En 1966, il réalisa « le Volcan interdit », film nominé aux oscars en 1967.

 PPT-Aveyron-Tazieff camera                                                                           (photo CHT)

photo-tazieff-1977-Merapi-Indonésie-0012Tazieff sur le Mérapi, en Indonésie (photo CHT)

Sa démarche scientifique reposait sur le travail en équipe, il s’entourait de personnes avides de faire de découvertes scientifiques, spécialistes de leur domaine mais alliant aussi une pratique sportive. Toutefois, vu la personnalité très forte du personnage, son côté volcanique, il lui arrivait d’émettre sur les gens des jugements sans nuance sur lesquels il avait beaucoup de mal à revenir. Cela ne l’a pas empêché de garder  durablement des amitiés et d’être à l’origine du travail en équipes pluridisciplinaires sur les volcans actifs.

Cherchant dès le début des années 50 à constituer des équipes pluridisciplinaires pour l’étude des volcans actifs, il obtint le concours précieux du Commissariat à l’Énergie Atomique qui lui accordera dans les années 70 et 80 l’assistance de ses équipes de terrain, le CEA participant au programme de recherches coordonnées que Tazieff dirigeait comme directeur de recherches au CNRS et en tant que responsable des observatoires de surveillance volcanologique des départements d’Outre-Mer.

La découverte, en 1952, de la faille axiale de la Mer Rouge et l’exploration, en 1967 et 68, du fossé d’effondrement où se situent les volcans de la chaîne de l’Erta Ale, ont contribué à la validation de la théorie de la tectonique des plaques, démontrant que la Mer Rouge et la dépression de l’Afar, en Éthiopie, sont un océan en formation.

Il fut naturalisé Français en 1971. Entré au CNRS en 1969 comme maître de recherche, il en fut nommé directeur de recherche en 1972.

En 1976, ce fut l’épisode de la Soufrière et la polémique qui l’opposa violemment à Claude Allègre, devenu directeur de l’IPG et supérieur hiérarchique de Tazieff. La polémique portait  sur l’opportunité de dire la vérité sur les analyses des roches émises par les éruptions du gouffre Tarrissant. Ce conflit aboutit à l’éviction de Tazieff de l’IPG de Paris, bien qu’une commission internationale ait donné raison à ses prévisions moins alarmantes que celles qu’entretenait ce géochimiste ambitieux. Cet épisode qui a fortement marqué Haroun Tazieff, fut à l’origine de la déontologie qu’il a ensuite pu mettre en place au titre de la politique de prévention des risques majeurs, lorsqu’il fut nommé ministre par Mitterrand. Ce que Tazieff n’avait pu obtenir au titre de fonctions universitaires à l’égard desquelles il a toujours gardé une certaine distance, il a pu le réaliser par l’engagement politique, lequel fut constant pour lui depuis l’adolescence. Cette déontologie est désormais régulièrement appliquée, notamment concernant l’éducation et l’information sérieuse des populations.

Sur la Soufrière de la Guadeloupe, en 1976, Haroun Tazieff  et six des scientifiques qui étudiaient le réveil de ce volcan tropical explosif,  sont restés 13 minutes sous un déluge de roches volcaniques froides expulsées par la surpression de l’eau imbibant la montagne, vaporisée par l’accumulation de chaleur émise par le magma profond. Une telle éruption, dite phréatique, caractérisée par l’absence de magma frais dans les éjectas, n’avait jamais été observée.

C’est par l’étude du rôle des gaz sur les volcans en éruptions au cours des années 50 à 70, qu’Haroun Tazieff et ses équipiers ont démontré que les gaz étaient le moteur des dynamismes éruptifs.

Tazieff07Il a assuré de nombreuses expéditions sur les principaux volcans du monde, souvent avec le soutien de l’UNESCO.  Ses expéditions l’ont conduit sur plus de 150 volcans actifs ou en éruption sur tous les continents. Il fit de l’Etna son « volcan laboratoire ». Il s’est passionné par 3 types de phénomènes dont il a révélé l’importance en étant le premier à en observer minutieusement les manifestations sous le bombardement éruptif : les éruptions sous-marines, les lacs de lave permanents, les éruptions phréatiques (Afar, Soufrière… )

 Tazieff01Personnage scientifique, son engagement social et politique doit aussi être souligné. En 1974, il répondit à l’appel de son ami Paul-Emile Victor et participa à la constitution du groupe Paul-Emile Victor pour la défense de l’homme et de son environnement, aux côtés d’Alain Bombard, de Jacques-Yves Cousteau… La défense de l’homme et de l’environnement fut aussi un combat cher à Tazieff. Le 1er, il plaida pour la géothermie. Lui, l’alpiniste chevronné, s’engagea aussi auprès de Mountain Wilderness International dont il assura la première présidence de la section française. Il fut toujours fortement préoccupé par la prévention des risques et a fondé la politique de prévention des risques majeurs de l’Etat français.

En 1979, il fut élu maire de Mirmande. Il s’engagea dans la campagne présidentielle de François Mitterrand et devint en 1981 commissaire à l’étude et à la prévention des catastrophes naturelles. De 1984 à 1986 il fut secrétaire d’état à la prévention des risques technologiques et naturels majeurs. En 1988, déçu par les promesses non tenues des socialistes en matière de prévention des risques majeurs, il rejoignit Alain Carignon qui lui offrit les moyens de faire de l’Isère un département pilote en la matière. Il fut élu conseiller général de l’Isère. En 1992, il devint conseiller régional de Rhône-Alpes.

Il meurt le 2 février 1998.

Il laisse à la postérité une trentaine d’ouvrages grand public, des dizaines de documents de vulgarisation scientifique et de résumés de conférences, une quarantaine de films et courts métrages et plus d’une centaine de publications scientifique de haut niveau.

PRESENTATION DE LA BIOGRAPHIE REDIGEE PAR SON FILS

Son fils, Frédéric Lavachery, président du Centre Haroun Tazieff a rédigé une biographie sortie en avril 2014 pour célébrer le centenaire de la naissance du célèbre volcanologue, aux éditions Archipel. Il est possible d’acheter cette biographie au prix de 21 euros + 3.50 de frais de port directement auprès de l’association (les droits d’auteur sont au profit du Centre Haroun Tazieff), en nous contactant.

couverture

Voici la présentation faite par l’édition Archipel sur son site : http://www.editionsarchipel.com/livre/un-volcan-nomme-haroun-tazieff/

Né à Varsovie d’un prince tatar et d’une mère russe en 1914, Haroun Tazieff émigre en Belgique en 1921. Alpiniste, boxeur accompli, il obtient son diplôme d’ingénieur-agronome et, pendant la guerre, rejoint la Résistance : il fera sauter la gare de Liège. Il devient géologue et ingénieur des mines. En 1948, en mission au Congo belge, il se découvre une passion pour les volcans. Ses travaux permettront de valider la théorie de la tectonique des plaques.
Proche d’Hergé, compagnon de Cousteau, il réalise ses premiers films en 1956. Engagé à gauche, il attend le départ du général de Gaulle pour obtenir la nationalité française. En 1976, il se heurte à son supérieur Claude Allègre, qui le qualifie de « vieux con », en déconseillant l’évacuation de la Soufrière. Son appréciation des crises du St Helens (1980) et du Nevado del Ruiz (1985) sera critiquée par une communauté scientifique qui ne le chérit pas. Soutien de Mitterrand, il est nommé en 1981 à la tête d’un Commissariat à la prévention des risques naturels. Déçu par l’écologie politique, le fondateur de la vulcanologie moderne retourne à ses études, n’hésitant pas à ironiser sur le catastrophisme (La Terre va-t-elle cesser de tourner ? , Seghers, 1992).
Depuis sa mort en 1998, Frédéric Lavachery tente de percer les mystères de ce père qui ne l’a pas reconnu et à l’enterrement duquel il n’a pas été convié. Il célèbre dans ce livre un homme au « niveau d’exigence impraticable », étudie ses rapports houleux avec les institutions politiques et scientifiques, évalue ses apports, ses innovations et son approche globale des géosciences.

Pour lire un extrait (sur le site d’Archipel)

http://www.ecriture-communication.com/archipel/wp-content/uploads/sites/2/un_volcan-internet.pdf

Et voici l’article de Claude Grandpey publié sur le site Tazieff.fr le 6 mai 2014 :

Je viens de terminer la lecture passionnante du livre de Frédéric Lavachery « Un Volcan nommé Haroun Tazieff » et je dois dire que je me suis régalé. L’ouvrage a fait remonter en moi un tas de vieux souvenirs. J’ai beaucoup apprécié les chapitres consacrés à « l’affaire » de la Soufrière. Il était indispensable de faire une mise au point détaillée avec des arguments indiscutables. Je possède le livre de Bernard Loubat et Anne Pistolesi « La Soufrière à qui la faute ? » où les auteurs mettaient déjà bien en lumière le comportement ignoble de Claude Allègre. Les pages rédigées par Frédéric Lavachery recroisent en tous points les propos que m’ont tenus les membres de l’équipe Tazieff, que ce soit le regretté François Le Guern, Marcel Bof, Jean-Christophe Sabroux ou René-Xavier Faivre-Pierret.

On connaît Haroun Tazieff comme volcanologue mais son histoire ne s’arrête pas là et les années de guerre ont-elles aussi montré la ténacité et les qualités de lutteur du bonhomme. Il est vrai qu’il était à bonne école. Le passé incroyablement riche de la famille est là pour le prouver. Les pages dans lesquelles Frédéric l’évoque me mettent en mémoire une soirée fabuleuse à Boitsfort (Belgique) où ces souvenirs étaient évoqués au son de l’accordéon de François Le Guern et des chants russes entonnés par le fils biologique de Garouk.

Avant de refermer le livre, il est intéressant de s’attarder sur la bibliographie d’Haroun Tazieff qui devrait faire réfléchir ceux qui prétendent que Garouk n’était pas un scientifique et n’a rien apporté à la volcanologie!

De toute évidence, je ne suis pas le seul à avoir apprécié « Un Volcan nommé Haroun Tazieff ». Une critique élogieuse du livre vient d’être diffusée sur le site Mediapart :

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/020514/un-volcan-nomme-haroun-tazieff-par-son-fils-ou-sont-nos-heros

Autre article : http://www.livre-royat-chamalieres.com/non-classe/lavachery-frederic