Activité intense au Sinabung, en Indonésie, les évacuations se poursuivent et s’amplifient, articles de Claude Grandpey

le 8 janvier 2014 par Sylvie

Article du 4 janvier :

L’éruption du Sinabung se poursuit sans relâche. Le volcan a encore vomi ce samedi à 30 reprises des panaches de cendre atteignant 4 km de hauteur. Les coulées pyroclastiques dévalaient le versant SE sur 5 km de longueur, du jamais vu depuis le début de l’éruption.

Les autorités ont déjà évacué les villages situés dans la zone de sécurité de 5 km de rayon autour du volcan. Elles ont récemment déclaré qu’«un agrandissement de la zone d’évacuation pourrait être envisagé ».

Le nombre de personnes évacuées depuis le mois de septembre atteint actuellement 20 331.

 

Article du 6 janvier :

La zone de danger autour du Sinabung a été élargie hier dimanche après une nouvelle explosion et l’apparition d’avalanches incandescentes qui sont allées plus loin que prévu. L’événement a déclenché un vent de panique parmi les habitants sur les flancs de la montagne.

L’explosion s’est produite juste après minuit et a provoqué une évacuation mouvementée. Selon le Jakarta Post, ” les hommes avec les visages couverts de cendre dévalaient les pentes du volcan sur des motos, suivis par camions avec des femmes et des enfants dont beaucoup pleuraient. Les autorités locales aboyaient des ordres à l’aide de porte-voix tandis que s’abattait une pluie de roches et de débris”.

Plus de 50 éruptions avaient déjà été enregistrées samedi (voir ma note précédente) avec des nuées ardentes qui atteignaient 5 km de longueur sur le versant SE du volcan. La zone de danger au SE du volcan a été étendue de cinq à sept kilomètres du cratère.

Les soldats ont participé à l’opération de sauvetage dans deux villages (Jewara et Pintu Besi), à environ sept kilomètres du cratère, où les maisons et les fermes ont été recouvertes de cendre grise. Les évacués se lamentent. L’un d’eux a déclaré : “Nous en avons assez d’être ici … Nous avons tout perdu Nous nous interrogeons sur nos vies après cette catastrophe.» Il n’est pourtant pas question pour ces personnes de rentrer chez elles avant le 18 janvier au mieux.

Quand on regarde la politique de sécurité mise en place par les Indonésiens, on se dit c’est un miracle qu’il n’y ait pas de victimes directes de l’éruption. Heureusement, le Sinabung est un peu moins élevé et les pentes sont moins raides que celles du Merapi, par exemple.

Je n’arrive pas à comprendre la politique ‘pas à pas’ conduite par les Indonésiens pour étendre la zone de danger. Cette même politique a été adoptée sur le Merapi en 2010 et elle a eu pour résultat plus de 300 morts ! Même chose sur Kelut en 1966 ! Puisqu’au final il faudra étendre cette zone à la distance maximale de sécurité, pourquoi ne pas le faire dès le début de l’éruption? Je sais qu’il est très difficile d’évacuer des milliers de personnes qui sont fortement attachés à leurs fermes sur les pentes d’un volcan, et qu’il faut prévoir des infrastructures pour les héberger. Cela fait partie de ce qu’on appelle les plans de prévention.  Le problème est de savoir si on veut sauver des vies ou pas. Il est également vrai que la notion de mort en Indonésie est très différente de la nôtre dans les pays occidentaux.

 

Voici une nouvelle galerie d’images de l’éruption et ses conséquences pour la population:

 

http://www.theguardian.com/world/gallery/2014/jan/05/indonesia-mount-sinabung-volcano-erupts-again-in-pictures#/?picture=426305076&index=10

Article du 8 janvier : Faut-il s’attendre au pire ?

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Il a été demandé à toutes les autorités compétentes de la partie nord de Sumatra de se préparer au pire, suite à une augmentation de l’activité volcanique du Sinabung au cours de la semaine écoulée.

Un tel scénario sera mis en application si la zone d’évacuation atteint entre 7,5 km et 10 km du cratère. Actuellement, elle est toujours comprise entre 5 et 7 km sur le versant sud-est du volcan.

L’équipe d’intervention d’urgence a évacué les habitants des sous-districts de Jerawa et Pintu Besi qui sont situés le long des trajectoires des coulées pyroclastiques, à 6,5 km du cratère.
Avec cette dernière évacuation, le nombre de personnes déplacées atteint 20 491 ; elles sont logées dans 32 centres d’évacuation. Il n’est fait état d’aucune victime directe de l’éruption.
Selon le porte-parole de l’Agence Nationale de Gestion des Catastrophes: «Nous devons tirer profit des leçons de l’éruption du Merapi en 2010 au cours de laquelle l’augmentation de l’activité volcanique a été suivie d’une extension du rayon d’évacuation de 5 km à 10, 15 et puis 20 km. Il faut gérer pour le mieux la situation des personnes évacuées.”

Ce que ne dit pas cet homme, c’est qu’avec une telle politique d’évacuation ‘pas à pas’, le Merapi a tué 320 personnes ! Si le pire est à craindre sur le Sinabung (ce qui signifie des coulées pyroclastiques beaucoup plus longues que maintenant) pourquoi ne pas étendre directement la zone de danger à 10 km autour du volcan ?

Mon opinion est confortée par un membre de l’équipe d’observation qui a dit que, jusqu’à présent, les matériaux volcaniques émis représentent seulement  le quart des 2 540 000 mètres cubes stockés dans le cratère du Sinabung.  « Cela signifie que le potentiel pyroclastique stocké dans le dôme de lave du volcan est encore important ;  si toute cette lave devrait sortir, la menace serait terrible. »

Comme je l’ai indiqué auparavant, la situation d’urgence a été prolongée jusqu’au 18 janvier, ce qui signifie que les gens ne seront pas autorisés à quitter les camps jusqu’à cette date. Les autorités indiquent qu’un nouveau prolongement est possible si l’activité volcanique du Sinabung continue d’augmenter.

 

Source : The Jakarta Post.

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/